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Les défis de la gouvernance d’une bande de Gaza en ruines

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Après plus de quinze mois de guerre, les laborieux pourparlers pour un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas n’ont mis aucune solution politique sur la table pour l’avenir de la bande de Gaza.

« C’est lunaire quand on pense à l’ampleur de la destruction humaine et matérielle, qui a rendue Gaza inhabitable, de négliger les enjeux politiques », commente le chercheur Xavier Guignard, spécialiste des questions palestiniennes au centre de recherche Noria.

Le chaos règne dans ce territoire palestinien dirigé avant la guerre par le mouvement islamiste Hamas, aujourd’hui fortement affaibli, et dont Israël dit refuser de se retirer sans garantie sécuritaire. Qui pourrait prendre en charge la gouvernance de cette petite langue de terre totalement dévastée?

. Quels défis ?

Déjà minée avant la guerre par un blocus israélien imposé depuis 2006, la pauvreté et le chômage, la bande de Gaza se trouve dans une situation humanitaire dramatique.

Les Nations unies ont estimé que la reconstruction du territoire, dont plus de la moitié du bâti a été détruit, prendrait jusqu’à 15 ans et coûterait plus de 50 milliards d’euros.

Les infrastructures, notamment le réseau de distribution d’eau, ont été très lourdement endommagées.

Famine, froid, et désespoir cernent les installations de fortune où s’abrite en masse la population du territoire, 2,4 millions d’habitants dont la quasi totalité ont été déplacés au moins une fois cause des bombardements et des combats, selon l’ONU.

La plupart des enfants sont déscolarisés depuis plus d’un an. Seule une poignée d’hôpitaux fonctionne encore, partiellement.

« L’Autorité palestinienne ne dispose pas des ressources nécessaires » pour gérer cette situation « et s’appuierait sur des bailleurs extérieurs », pose M. Guignard.

Le Hamas et Israël s’accusent mutuellement de bloquer les négociations sur Gaza

« Les plans de la reconstruction de Gaza sont systématiquement bâtis sur l’idée que les monarchies du Golfe, Arabie saoudite en tête, accepteront d’y contribuer », poursuit-il. « Or, ces pays ne cessent de répéter que l’ère de ces financements sans contrepartie est terminée. »

Plusieurs sources diplomatiques ont confirmé à l’AFP que des pays arabes exigeaient la mise en place d’un processus politique visant à la création d’un Etat palestinien, en prérequis à leur engagement financier.

M. Guignard rappelle que ce sujet est « une ligne rouge » pour Israël, aussi bien au sein du gouvernement que pour la majorité de l’opinion.

« Quoiqu’il arrive, ce sera un casse-tête pour les acteurs impliqués », juge un diplomate à Jérusalem.

. Que veulent les Palestiniens ?

Le Hamas, qui avait remporté les élections législatives palestiniennes de 2006, a pris le pouvoir à Gaza en 2007 en chassant par les armes le Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas, après des mois d’impasse politique sur un partage du pouvoir.

Désormais, le mouvement islamiste affirme ne pas tenir à administrer le territoire après la guerre.

« En 2014 [après une précédente guerre à Gaza de plus de cinquante jours, NDLR], le Hamas ne s’était pas directement impliqué dans la reconstruction, et s’était montré flexible en acceptant un comité » extérieur, rappelle Yasser Abou Hein, analyste politique palestinien pour qui cette formation sait qu’elle doit privilégier « l’intérêt de la population ».

Les responsables palestiniens, toutes factions confondues, répètent depuis des mois que la gouvernance du territoire leur incombe, et qu’ils ne toléreront aucune ingérence étrangère.

Israël annonce un « nouveau cadre » pour des pourparlers sur la libération des otages à Gaza

Après des discussions au Caire, des représentants du Hamas et du Fatah sont convenus que Gaza serait administrée par un comité de personnalités apolitiques, sorte de sous-gouvernement de l’Autorité palestinienne (AP) dédié au territoire côtier.

Mais « pour mettre ce comité sur pied, il faut un décret présidentiel de M. Abbas, or il a toujours traîné les pieds car il a peur de perdre du soutien financier, et il souhaite un contrôle sécuritaire total de la bande de Gaza », décrypte Hugh Lovatt, chercheur au Conseil européen des relations internationales (ECFR).

Discrètement encouragée par une partie de la communauté internationale, l’AP, qui siège à Ramallah (Cisjordanie occupée) tente de rester présente à Gaza, notamment via les municipalités où travaillent encore ses fonctionnaires.

La réouverture du terminal de Rafah, porte de sortie du territoire vers l’Egypte dont l’armée israélienne a pris le contrôle en mai 2024, fait aussi l’objet de négociations officieuses et indirectes entre l’Egypte, Israël, les Palestiniens et des partenaires étrangers comme l’Union européenne. Si l’AP parvenait à l’administrer, cela lui ouvrirait la voie pour un retour dans la bande de Gaza.

. Que veulent les Israéliens ?

Israël a occupé la bande de Gaza de 1967 à 2005, date à laquelle il s’en est retiré unilatéralement, évacuant, parfois par la force, plusieurs milliers de colons qui s’y étaient installés.

Aujourd’hui, il n’y a pas de position tranchée d’Israël sur la gouvernance d’après-guerre si ce n’est le rejet catégorique du Hamas.

Avant d’être limogé de son poste de ministre de la Défense début novembre 2024, Yoav Gallant avait dit ne pas souhaiter que son pays administre la bande de Gaza à l’issue de la guerre.

Mais son successeur, Israël Katz, a revendiqué une « liberté d’action totale » pour l’armée israélienne dans le petit territoire palestinien.

Certaines personnalités d’extrême-droite, y compris des membres du gouvernement, militent pour un retour des colons à Gaza, et voient dans l’installation de bases militaires sur ce territoire le signe d’un soutien tacite à ce projet.

Plusieurs médias israéliens ont aussi évoqué une force internationale aux contours flous à laquelle pourraient participer l’Arabie saoudite, l’Egypte, les Emirats arabes unis, les Etats-Unis ou encore l’Union européenne.

Source: Agence France-Presse

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