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Opposition vénézuélienne : marginalisée par Trump et paralysée par la répression

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Affaiblie par l’exil de ses dirigeants, marginalisée par Donald Trump et paralysée par la répression, l’opposition vénézuélienne demeure incapable d’influer sur le cours des événements, même après la chute surprise de Nicolás Maduro. Un vide politique qui apparaît désormais flagrant.

L’opposition, qui continue de revendiquer la victoire à la présidentielle de 2024, a sans doute longtemps fantasmé un scénario similaire à celui du 3 janvier, lorsque des troupes américaines ont arrêté le chef de l’État à Caracas avant de l’emmener à New York pour le juger. Une intervention éclair, qui a nourri bien des espoirs.

Au lieu de s’imposer dans le jeu politique, l’opposition a été balayée d’un revers de main par Donald Trump. Le président américain semble privilégier des négociations pétrolières avec le pouvoir en place plutôt que de soutenir María Corina Machado, pourtant auréolée du Nobel de la paix 2025. Un signal clair sur ses priorités.

À l’exception de Nicolás Maduro et de la Première dame Cilia Flores, toute la haute direction chaviste demeure en place, gardant la main sur l’armée, la police, la justice, l’appareil électoral et l’ensemble des leviers économiques. Un pouvoir verrouillé, sans fissures apparentes.

– Triple déficit –

Selon les analystes et initiés interrogés par l’AFP, l’opposition manque de structures, de compétences pour gouverner et, surtout, du soutien de l’armée. Un triple déficit qui limite toute perspective de transition.

« Je ne veux pas prétendre que nous n’attendions pas autre chose », reconnaît Freddy Guevara Cortez, membre du mouvement Voluntad Popular de Machado. Un aveu franc, qui traduit la déception de l’opposition.

Pour l’instant, Delcy Rodríguez assure la présidence par intérim. Fidèle de Nicolás Maduro, elle bénéficie de l’appareil chaviste. Donald Trump affirme pouvoir travailler avec elle, à condition qu’elle se conforme aux exigences de Washington et lui laisse les mains libres sur le pétrole vénézuélien. Un rapport de force assumé.

Pour Freddy Guevara Cortez, ancien prisonnier politique devenu chercheur, la situation est sans issue. Si elle cède aux exigences de Donald Trump, elle tombe. Si elle refuse, Washington la renversera — ou pire. Un pronostic sombre, qui dit tout de sa faible marge de manœuvre.

Mme Rodríguez bénéficie du soutien affiché de l’armée et des principales institutions de l’État. Un appui renforcé par un lien familial décisif : son frère préside le Parlement, où il exerce une influence majeure.

María Corina Machado affirme vouloir rentrer « le plus vite possible » au Venezuela. Mais pour Donald Trump, elle ne jouit « ni du soutien ni du respect dans son propre pays ». Un jugement sévère, qui fragilise encore son image.

José Antonio Colina, ancien militaire et fondateur à Miami de l’organisation d’opposition Veppex, le reconnaît : « personne, au Venezuela, ne s’est réellement préparé à exercer le pouvoir ». Une réalité qu’il dit avoir exprimée « avec des mots crus ».

– Une realpolitik assumée –

Selon l’analyste vénézuélien Ricardo Rios, l’opposition ne dispose ni d’une structure institutionnelle ni du poids politique nécessaire pour gérer une éventuelle transition. En clair, elle n’a aucun levier réel sur le gouvernement.

Pendant des années, Washington a tenté d’évincer Nicolás Maduro en multipliant les sanctions contre lui et son entourage, tout en imposant un blocus naval et un embargo pétrolier.

Le Venezuela, pourtant détenteur des plus grandes réserves prouvées au monde, s’est retrouvé étranglé sur le plan économique. Une stratégie de pression maximale, assumée par les États‑Unis.

Il a appuyé, à chaque fois, les revendications de l’opposition lorsqu’elle proclamait ses victoires électorales. Un soutien constant, même lorsque les résultats étaient contestés.

Aujourd’hui, Donald Trump « pirate » ce qui reste du gouvernement de Nicolás Maduro et le fait « travailler pour lui », affirme M. Rios. Le président américain a d’ailleurs reconnu vouloir de Jorge Rodríguez « un accès total » au pétrole vénézuélien. Une déclaration qui éclaire crûment le rapport de force.

De son côté, María Corina Machado a soutenu dès le départ la pression militaire exercée par Washington sur le Venezuela. Elle a multiplié les remerciements à Donald Trump, même si elle affirme ne plus lui avoir parlé depuis le 10 octobre, jour où l’Américain a reçu le prix Nobel de la paix qu’il convoitait tant. Un contraste frappant, alors que son influence réelle sur la stratégie américaine reste floue.

– Une opposition paralysée –

Pour Mariano de Alba, expert vénézuélien en géopolitique, l’opposition doit cesser de miser sur des décisions prises à Washington. Elle ne peut plus fonder sa stratégie sur des solutions extérieures. Désormais, l’enjeu se joue d’abord au Venezuela.

Sur les réseaux sociaux, María Corina Machado exhorte ses partisans à rester « vigilants, actifs et organisés ». Pourtant, sur le terrain, la dynamique se brise. En effet, des dizaines, peut‑être des centaines, de cadres et militants de l’opposition ont fui ou croupissent en prison.

Depuis les milliers d’arrestations qui ont suivi la contestation de la présidentielle de 2024, une peur sourde s’est installée dans tout le pays. Et désormais, elle façonne chaque geste, chaque parole.

« L’initiative et l’organisation internes restent essentielles », souligne M. d’Alba. Or c’est précisément ce qui fait défaut à l’opposition.

Autre obstacle — peut‑être le plus décisif : la loyauté tenace de l’armée envers Nicolás Maduro et, avant lui, envers l’emblématique Hugo Chávez (1999‑2013). Une fidélité qui verrouille toute possibilité de rupture.

« Pour qu’une transition ait lieu au Venezuela, Diosdado Cabello ne peut pas en faire partie. Pourtant, c’est lui qui tient réellement les rênes du pouvoir », tranche José Antonio Colina.

Selon lui, les États‑Unis « ont décapité la tête du régime en visant Maduro. Mais, à l’intérieur, ils ont laissé le serpent et ses lieutenants ». Autrement dit, Washington a frappé fort, mais pas assez profond. Et les réseaux du pouvoir, eux, continuent de ramper.

© Agence France-Presse

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