L’opération américaine contre Maduro a éclaté dans la nuit de vendredi à samedi. En quelques minutes, les avions américains ont déchiré le ciel vénézuélien, déclenchant une séquence que Washington présente comme décisive. Peu après, dans une déclaration solennelle, Donald Trump a affirmé que ses forces spéciales avaient capturé et exfiltré Nicolas Maduro.
Au‑delà du choc immédiat, l’annonce marque un tournant symbolique : la chute d’un président retranché depuis des années dans un bras de fer avec les États‑Unis.
Reste désormais l’inconnu. Caracas parle d’« invasion ». Les alliés régionaux s’inquiètent. Et dans l’ombre des opérations, une question s’impose : que signifie réellement l’arrestation d’un chef d’État pour l’équilibre fragile d’un continent déjà sous tension ?
– Quand ont été lancées les frappes ? –
La nuit s’est fissurée peu avant 02 h 00. Un premier souffle, puis un autre, a roulé sur Caracas comme une onde venue déchirer le silence.
Dans les quartiers de la capitale et jusque dans les collines, les habitants ont entendu les explosions se succéder jusqu’à 03 h 15, témoins involontaires d’une violence surgie sans avertissement.
Cette série de détonations, observée par les journalistes de l’AFP, a donné à la ville l’allure d’un territoire suspendu, pris entre stupeur et attente. Comme si chaque impact annonçait un basculement plus large, un moment où l’histoire s’écrit dans le fracas avant même que les autorités ne trouvent les mots pour l’expliquer.
Sur les réseaux sociaux, les premières images ont circulé comme des éclairs dans la nuit. On y voit des missiles tracer leur trajectoire, fendre l’obscurité, puis s’abattre sur leurs cibles dans une lumière brutale. Au‑dessus de Caracas, des hélicoptères tournoyaient, silhouettes sombres découpées sur un ciel déjà chargé de menaces.
– Un pays frappé dans son sommeil –
Ces scènes, captées à la hâte par des habitants, donnent à l’attaque une dimension presque spectrale : un pays surpris en plein sommeil, un ciel devenu théâtre d’une puissance qui s’exerce sans avertissement. Elles renforcent l’impression d’un basculement en cours, où chaque image devient un signe, chaque mouvement aérien une annonce d’escalade.
Peu avant 11 h 00 GMT, un sénateur américain a pris la parole pour annoncer que l’opération militaire était « achevée ». Une phrase brève, presque sèche, qui a résonné comme un point final posé unilatéralement par Washington.
Cette déclaration, lâchée alors que le Venezuela tentait encore de comprendre l’ampleur des frappes nocturnes, a donné à l’intervention une dimension supplémentaire : celle d’une puissance qui dicte le tempo, impose la clôture et laisse l’adversaire dans l’incertitude.
Dans ce silence imposé, l’annonce agit comme un marqueur symbolique — la fin d’une séquence militaire, mais peut‑être le début d’un bouleversement politique plus profond.
– Qu’ont visé ces attaques ? –
Au cœur de la nuit, le Fuerte Tiuna a été touché à son tour. Des explosions ont secoué le plus vaste complexe militaire du pays, laissant s’élever des colonnes de fumée et des foyers d’incendie visibles à plusieurs kilomètres.
Ce site, qui concentre le ministère de la Défense, l’Académie militaire et une mosaïque de quartiers où vivent des milliers de familles de soldats, est bien plus qu’une simple base : c’est le centre nerveux de l’appareil militaire vénézuélien.
Le frapper, c’est viser un symbole. C’est atteindre à la fois l’infrastructure stratégique et le quotidien de ceux qui incarnent l’État en uniforme. Dans l’embrasement du Fuerte Tiuna, c’est toute la vulnérabilité du pouvoir militaire qui apparaît soudain au grand jour.
Au petit matin, des habitants ont quitté la zone en urgence, valises et sacs à la main. « Ils ont failli nous tuer », a déclaré une résidente. Beaucoup ignoraient encore l’ampleur des dégâts.
D’autres explosions ont retenti près du complexe aéronautique de La Carlota, un aéroport militaire et de vols privés situé à l’est de Caracas. Dans la foulée, les détonations ont été perçues dans plusieurs quartiers voisins. Très vite, les habitants ont signalé une série d’impacts successifs, accentuant la tension déjà palpable dans la capitale.
Des explosions ont aussi été signalées dans l’ouest du pays. Elles ont touché La Guaira, où se trouvent l’aéroport international et le port de Caracas, ainsi que Maracaibo, capitale de l’État d’Aragua, à 100 km au sud‑ouest de la capitale.
D’autres détonations ont été rapportées à Higuerote, à 100 km à l’est de Caracas, dans l’État de Miranda, sur la côte caraïbe.
– Quel bilan de victimes ? –
Face aux premières images de destruction, le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino López, a élevé la voix. Il accuse l’armée américaine d’avoir visé des zones résidentielles, affirmant que des missiles et des roquettes ont été tirés depuis des hélicoptères de combat contre des secteurs habités par des civils. Selon lui, l’attaque relève d’une opération délibérée contre la population.
Dans cette déclaration, il ne formule pas seulement une accusation militaire. Il met en scène un pays qui se dit frappé au cœur de ses quartiers, là où vivent ceux qui ne portent pas l’uniforme. L’enjeu, selon lui, dépasse l’opération armée : c’est l’image d’une nation directement visée.
En pointant des attaques contre des zones habitées, Padrino López cherche à transformer l’offensive en symbole — celui d’une nation blessée, d’un peuple pris pour cible et d’un pouvoir qui tente de rallier l’opinion autour de l’idée d’une agression extérieure.
Cette rhétorique ajoute une nouvelle strate de tension, où la bataille militaire se double d’une bataille narrative.
À la mi‑journée, les autorités vénézuéliennes n’avaient toujours fourni aucun bilan humain. L’ampleur des pertes restait inconnue.
Sur Fox News, Donald Trump s’est félicité qu’aucun soldat américain n’ait été tué lors de l’opération. Il a présenté cette absence de pertes comme une preuve de la réussite de l’intervention.
– Comment le président Maduro a-t-il été arrêté et exfiltré ? –
Depuis des mois, le président vénézuélien vivait dans une semi‑clandestinité. Il changeait régulièrement de résidence, glissant d’un lieu à l’autre pour déjouer toute tentative de localisation.
Au moment des frappes, nul ne pouvait dire avec certitude où il se trouvait. Cette absence de point fixe, presque fantomatique, ajoutait une couche de mystère et de tension à l’opération : un chef d’État devenu mouvant, insaisissable, comme si le pouvoir lui‑même s’était mis à flotter dans l’ombre.
Dans ce brouillard volontairement entretenu, la question de sa localisation prenait une dimension symbolique — celle d’un dirigeant retranché, fuyant, et d’un pays où même le sommet de l’État semblait glisser hors de portée.
Donald Trump a affirmé avoir suivi en direct l’opération de capture, « comme un show télévisé ». Il a décrit la scène comme un moment spectaculaire.
« Il se trouvait dans un endroit très fortement gardé, presque une forteresse », a déclaré Donald Trump. Selon lui, Nicolas Maduro aurait tenté de rejoindre « un espace de sécurité entouré d’acier solide », mais « il s’est fait attraper » avant d’y parvenir.
Inculpé de « narcoterrorisme », le couple est en cours de transfert vers New York, a indiqué Donald Trump. Le président américain a publié samedi sur son réseau Truth Social une photo de Nicolas Maduro menotté, les yeux masqués, affirmant qu’il se trouve à bord du navire de guerre USS Iwo Jima.
La vice‑présidente vénézuélienne, Delcy Rodríguez, a réclamé une « preuve de vie » du couple présidentiel. Dans la foulée, la Russie a réagi en affirmant disposer d’« informations confirmées » sur la présence de Nicolas Maduro et de son épouse aux États‑Unis.
Elle a appelé à « libérer le président légalement élu d’un pays souverain ainsi que son épouse », dénonçant une détention qu’elle juge illégitime.
– Quelles réactions internationales ? –
Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe et principal allié du Venezuela, a dénoncé « un acte d’agression armée ». Il a regretté que « l’hostilité idéologique ait triomphé du pragmatisme d’usage ».
Pékin s’est déclaré « profondément choqué » par le « comportement hégémonique des États‑Unis ». La Chine a dénoncé une action unilatérale dangereuse pour la stabilité internationale.
L’Espagne s’est dite prête à jouer les intermédiaires « pour parvenir à une solution pacifique et négociée ». Madrid appelle à une désescalade rapide.
Israël a « salué » Donald Trump, estimant qu’il avait « agi en tant que leader du monde libre ». Tel‑Aviv a exprimé son soutien sans réserve à l’opération américaine.
Le Venezuela a demandé samedi la tenue d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité. Caracas veut porter l’affaire devant les Nations unies.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a exprimé son inquiétude, estimant « que le droit international n’avait pas été respecté ». Il appelle à un strict respect des normes internationales.
– Quel futur gouvernement ? –
Donald Trump a durci encore un peu plus le ton. Selon lui, Washington ne laissera « aucune personnalité du régime vénézuélien » prendre la relève de Nicolas Maduro. Une déclaration qui balaie d’un geste tout scénario de succession interne et place l’avenir politique du pays sous contrôle extérieur.
Il a ensuite assuré que les États‑Unis « dirigeront » le Venezuela en attendant une transition « sûre ». Ces mots, d’une clarté brutale, annoncent une tutelle assumée. La souveraineté vénézuélienne se retrouve mise entre parenthèses, au nom de la stabilité.
Dans cette logique, Donald Trump impose un récit où l’intervention militaire glisse vers une prise de contrôle politique. Ainsi, la capture d’un président devient l’acte fondateur d’un nouvel ordre dirigé depuis Washington.
« L’heure de la liberté est arrivée », a déclaré Maria Corina Machado, cheffe de l’opposition vénézuélienne et prix Nobel de la paix 2
025. Selon elle, Edmundo González Urrutia, candidat de l’opposition à la présidentielle de 2024, doit assumer immédiatement la présidence.
Elle demande aussi qu’il soit reconnu comme commandant en chef de la Force armée. Ainsi, Machado place l’armée face à ses responsabilités et accélère la pression politique. « Le Venezuela sera libre », a‑t‑elle insisté, appelant à une transition sans délai.
« Ce sont des heures décisives, sachez que nous sommes prêts », a déclaré M. González Urrutia, actuellement en exil en Espagne. Il affirme que l’opposition est prête à assumer ses responsabilités.
Selon Stephen Wertheim, du Carnegie Endowment for International Peace, la frappe ordonnée par Donald Trump n’a pas renversé le régime. Elle a seulement changé de visage. Pour lui, « le régime demeure ».
Ainsi, l’opération s’est résumée à capturer Maduro. Elle a aussi provoqué des morts. Elle a violé le droit interne et international. Enfin, elle a ouvert une zone d’incertitude politique.
Source: Agence France-Presse
















