Dégel diplomatique annoncé : la présence de diplomates américains au Venezuela, vendredi, marque la volonté affichée de renouer des relations rompues depuis 2019. Cette visite intervient moins d’une semaine après la capture à Caracas de Nicolás Maduro par des troupes américaines, un contexte qui rend ce retour au dialogue particulièrement chargé.
Selon le ministre des Affaires étrangères Yvan Gil, le gouvernement de la présidente par intérim Delcy Rodríguez ouvre un processus exploratoire pour rétablir les relations diplomatiques entre les deux pays.
Ainsi, Caracas relance un dossier resté gelé depuis des années. Et désormais, la balle revient dans le camp du pays voisin. Et cette ouverture, encore prudente, signale un possible dégel. Une initiative qui marque un premier pas vers un possible dégel.
Des diplomates américains se trouvaient vendredi à Caracas, selon lui. Cette présence a été confirmée par un responsable américain, peu après que Donald Trump a assuré avoir « annulé » une nouvelle attaque contre le Venezuela en raison de la « coopération » de Caracas. Et cette séquence, révélée en cascade, souligne la fragilité du moment.
– Rapprochement proclamé –
La libération de quelques opposants constitue par ailleurs « un geste très important et intelligent » de la part de Caracas, selon Donald Trump. Une appréciation qui s’inscrit dans sa stratégie de rapprochement affichée.
« Les États-Unis et le Venezuela travaillent bien ensemble », a‑t‑il assuré, évoquant notamment la « reconstruction » de l’industrie pétrolière. Une déclaration destinée à montrer un rapprochement malgré les tensions persistantes.
De son côté, Mme Rodríguez assure que son pays n’est « ni subordonné ni soumis » à Washington. Elle réaffirme également sa « loyauté envers le président Nicolás Maduro ».
Et vendredi, le ministère vénézuélien des Affaires étrangères a annoncé sur Telegram avoir reçu l’ambassadeur de Russie, Sergey Mélik‑Bagdasarov. Il affirme poursuivre « le programme de coopération » avec Moscou.
À l’issue d’un entretien avec les présidents brésiliens Lula, colombien Petro et le Premier ministre espagnol Sánchez, elle a réaffirmé que le Venezuela répondrait par la voie diplomatique à ce qu’elle qualifie « d’agression criminelle, illégale et illégitime » du 3 janvier.
Ce jour‑là, des bombardements américains avaient précédé la capture de Nicolás Maduro. Et Caracas entend désormais placer le conflit sur le terrain politique, non militaire. Et cette déclaration vise à afficher une fermeté sans rupture.
Le gouvernement américain maintient son blocus sur les exportations de pétrole vénézuélien. Vendredi, il a annoncé avoir saisi dans les eaux internationales un nouveau pétrolier en provenance du Venezuela, le cinquième en quelques semaines.
« Ce pétrolier est actuellement en chemin, de retour vers le Venezuela, et le pétrole sera vendu », a écrit Donald Trump. Une manière d’affirmer que les opérations continuent, malgré les tensions et les incertitudes.
– Washington pousse, les pétroliers hésitent –
Le chef de l’État a réuni à la Maison-Blanche les grands groupes pétroliers pour les inciter à exploiter les vastes réserves du Venezuela. Mais il n’a pas semblé convaincre l’ensemble des dirigeants présents autour de la table.
« Vous aurez une sécurité totale », pour opérer, a‑t‑il assuré, sans préciser la nature de cette garantie. Il a toutefois exclu toute présence militaire américaine pour protéger l’activité pétrolière.
« Vous traitez directement avec nous, vous ne traitez pas du tout avec le Venezuela », a-t‑il lancé aux dirigeants du secteur. Un message destiné à rappeler que toute décision passera désormais par Washington.
Parmi eux, le PDG d’ExxonMobil, Darren Woods, a tenu à préciser qu’il ne comptait pas se lancer précipitamment dans de nouveaux investissements. Selon lui, il est « impossible d’y investir » dans les conditions actuelles.
Sur le terrain politique, l’opposant Edmundo González Urrutia, exilé en Espagne, a réclamé la reconnaissance « explicite » de sa victoire face à Nicolás Maduro lors de la présidentielle de 2004. Il presse la communauté internationale de valider ce résultat qu’il juge incontestable.
La cheffe de l’opposition, Maria Corina Machado — prix Nobel de la paix 2025 et désormais contrainte à la clandestinité — devrait être reçue « la semaine prochaine » à Washington, a annoncé Donald Trump.
Et cette invitation, hautement politique, confirme son statut de figure centrale de la crise. Cette rencontre s’inscrit dans un contexte politique de plus en plus tendu autour du Venezuela.
– Libérations au compte‑gouttes –
Dans l’attente de la libération de « nombreux prisonniers », annoncée par le président du Parlement Jorge Rodríguez, des dizaines de proches de dissidents et de militants se sont rassemblés devant plusieurs centres pénitentiaires du pays.
Ils espèrent des libérations rapides.Ils espèrent voir leurs proches sortir dans les heures à venir.
« Il ne faut pas perdre espoir », répètent les familles rassemblées devant le centre pénitentiaire de Rodéo I, à l’est de Caracas. Elles attendent, dans l’incertitude, des nouvelles de leurs proches.
Selon Alfredo Romero, avocat de l’ONG Foro Penal, seuls neuf prisonniers ont été libérés. « Il reste 811 prisonniers politiques au Venezuela », écrit‑il sur X. Il ajoute que, parmi les 87 détenus politiques de nationalité étrangère, deux sont des citoyens américains.
Cinq Espagnols libérés la veille sont arrivés en début d’après‑midi à Madrid. Parmi eux figure Rocío San Miguel, militante et avocate binationale bien connue.
En parallèle du dossier du pétrole vénézuélien, convoité par Washington, Donald Trump affirme vouloir frapper le narcotrafic. Après avoir détruit, dans les Caraïbes et le Pacifique, des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue — une opération qui aurait causé plus de 100 morts — il franchit un nouveau seuil.
Et cette fois, il assume ouvertement l’escalade.Désormais, il menace de lancer des « frappes au sol » contre les cartels. Et ce changement de ton marque une escalade assumée.
– La coopération régionale s’accélère –
Alors que le Républicain affirme que « les cartels dirigent le Mexique », la présidente Claudia Sheinbaum a assuré vendredi que son gouvernement travaillait à « renforcer la coordination » sécuritaire avec les États-Unis. Elle veut afficher une coopération active face aux critiques venues de Washington.
De son côté, le président colombien Gustavo Petro a appelé vendredi, sur X, Mme Rodríguez à « agir ensemble » contre le narcotrafic. Il affirme que ce thème est devenu « l’excuse parfaite » pour légitimer une « agression » contre les pays d’Amérique latine.
De puissantes guérillas, financées par le trafic de cocaïne, opèrent le long de la frontière poreuse de plus de 2 200 kilomètres entre la Colombie et le Venezuela. Cette zone reste l’un des principaux corridors du crime organisé dans la région.
Le ministre colombien de la Défense, Pedro Sánchez, a annoncé vendredi une réunion virtuelle avec le Département de la Défense américain. Et cette consultation, même à distance, confirme l’intensification des échanges militaires.
L’objectif est clair : faire reconnaître les principales guérillas du pays comme des « cibles communes ».
Ainsi, Bogotá et Washington veulent adopter une stratégie commune face aux groupes armés qui défient encore l’État. Et envoyer le signal que, désormais, la lutte sera coordonnée.
Source: Agence France-Presse
















