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Venezuela : Nicolas Maduro, chute d’un homme du peuple à la poigne de fer

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Nicolas Maduro, chute d’un homme du peuple à la poigne de fer : héritier politique d’Hugo Chávez depuis 2013, il venait tout juste d’entamer un troisième mandat déjà fragilisé par les accusations de fraude et la contestation de l’opposition. Malgré l’usure, malgré l’isolement international, il s’était maintenu au sommet de l’État, agrippant son pouvoir comme on s’accroche à une certitude qui vacille.

Et puis, samedi, la nouvelle tombe : Donald Trump annonce sa capture et son exfiltration par les États‑Unis.

Dans ce geste, brutal et spectaculaire, se referme plus d’une décennie de pouvoir autoritaire. Le dirigeant qui se voulait indéboulonnable disparaît soudain de la scène, comme si l’histoire elle‑même avait décidé de tourner la page.

Il a fallu une intervention extérieure pour l’évincer du pouvoir. Sans cette opération, Maduro serait resté en place. Ainsi, sa chute ne vient pas de l’intérieur, mais d’un coup porté depuis l’étranger.

– La simplicité comme arme politique –

Grand, moustache fièrement portée, l’ancien chauffeur de bus de 63 ans rappelait souvent ses origines. Il cultivait l’image d’un homme du peuple, simple et terre‑à‑terre. Et cette mise en scène faisait partie de son pouvoir.

Il aimait parler de bon sens, écorcher des mots anglais, évoquer le baseball ou ses soirées télé avec sa femme, Cilia Flores, la « première combattante ». Ancienne procureure, omniprésente dans la vie politique vénézuélienne, elle a 69 ans. Et elle aussi a été arrêtée.

« C’est un genre qu’il se donne », glissait une source diplomatique. « Pour l’anglais, il a été ministre des Affaires étrangères de 2006 à 2013. Difficile d’imaginer qu’il ne le maîtrise pas parfaitement. »

Derrière cette remarque affleure l’idée d’un personnage qui joue avec son image, qui façonne sa propre simplicité comme un outil politique, quitte à feindre l’approximation pour mieux renforcer son personnage.

En 2012, Hugo Chávez en fait son héritier. Un an avant sa mort, il le présente comme « l’un des jeunes dirigeants ayant les meilleures capacités » pour diriger le Venezuela. Et ce soutien scelle la légitimité de Maduro au sein du chavisme.

Considéré à ses débuts comme un syndicaliste sans envergure, il s’impose pourtant face à ses rivaux au sein du PSUV, dont il devient le président. Il manœuvre ensuite lors des manifestations — durement réprimées — qui suivent les élections contestées de 2018 et 2024. Et il s’appuie alors sur des appareils policiers et judiciaires entièrement acquis à sa cause.

Nicolás Maduro avait aussi survécu à une crise économique sans précédent, aux sanctions internationales, à la pandémie et à des scandales de corruption évalués en milliards de dollars. Et malgré ces secousses, il était resté en place.

Tout en déjouant des complots, réels ou imaginaires, qu’il dénonçait sans relâche. Et cette stratégie lui permettait de justifier chaque tour de vis.

– « Super-moustache » –

La propagande lui a même dédié un dessin animé. Il y apparaît en « Super‑Bigote », un « Super‑Moustache » indestructible. Tel un Superman tropical, il protège le Venezuela des monstres et des « opposants‑saboteurs », souvent assimilés aux États‑Unis. Et cette caricature servait à renforcer son image de chef invincible.

Il n’avait ni le charisme ni l’éloquence de Chávez. Mais il occupait l’écran des heures durant, à la télévision comme sur les réseaux sociaux. Et sa communication, parfaitement huilée, compensait ses limites oratoires.

En mêlant discours politique, blagues lourdes et confidences personnelles, il savait capter l’attention. Il tenait la foule en haleine, sans jamais lâcher le rythme.

Une image sympathique, en décalage total avec sa manière de diriger le pays. Son pouvoir reposait surtout sur l’armée et l’appareil sécuritaire. Et l’opposition l’accusait ouvertement d’être un « dictateur ».

Face à la crise économique, derrière un discours toujours socialiste, Nicolás Maduro avait coupé toutes les dépenses sociales. Il avait supprimé les droits de douane pour réapprovisionner un pays qui manquait de tout. Et il avait autorisé la dollarisation pour tenter de freiner l’hyperinflation.

– « Marxiste et chrétien » –

Intransigeant dans son discours antiaméricain, il savait pourtant négocier en secret. Et jeudi, il l’a encore montré : « S’ils veulent discuter sérieusement d’un accord contre le narcotrafic, nous sommes prêts. S’ils veulent du pétrole vénézuélien, le pays est prêt pour des investissements américains… quand ils le veulent, où ils le veulent et comme ils le veulent. »

Nicolás Maduro avait aussi obtenu la libération de deux neveux de Cilia Flores, condamnés pour trafic de drogue aux États‑Unis. Il avait également réussi à faire sortir de prison Alex Saab, considéré comme l’un des principaux intermédiaires du régime et détenu pour blanchiment. Et ces succès renforçaient son image de négociateur redoutable.

Aujourd’hui, c’est lui qui va comparaître devant des juges américains. Washington l’accuse de diriger un vaste trafic de drogue et le Cartel des Soles, un gang dont l’existence même est contestée par de nombreux experts. Et cette fois, il ne pourra plus contrôler le récit.

S’il se disait toujours marxiste, il avait pourtant soutenu la béatification de José Gregorio, le « médecin des pauvres », en 2021. Et ce geste révélait une autre facette de son pouvoir, plus pragmatique que doctrinale.

Mais il avait surtout opéré un virage vers les Églises évangéliques. Certains y voyaient une manœuvre pour capter un électorat précieux. D’autres assuraient qu’il s’agissait d’une véritable conviction religieuse.

Il avait même affirmé récemment que son « bunker » contre Trump, c’était « Dieu ». Une manière de sacraliser sa résistance tout en brouillant les lignes entre politique et foi.

Nicolás Maduro aimait d’ailleurs se définir ainsi : « bolivarien, marxiste et chrétien ». Une formule qui condensait son identité politique, entre héritage révolutionnaire, idéologie de gauche et référence religieuse.

Source: Agence France-Presse

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