pixel

Zimbabwe : Des fermiers blancs font appel à Trump

Date:

Pages jaunes
Trans Afrique

Vingt-cinq ans après leur expropriation, des fermiers blancs zimbabwéens, désormais âgés, font appel à une société américaine de lobbying. Ils espèrent impliquer l’administration Trump pour obtenir plus rapidement les 3,5 milliards de dollars de dédommagement promis. Ces indemnités avaient été promises par le gouvernement d’Emmerson Mnangagwa. Le processus reste lent et opaque. Certains agriculteurs réclament un paiement intégral en liquide. Ils refusent les obligations ou les intérêts symboliques proposés.

Lassés d’attendre les dédommagements promis pour leur expropriation manu militari il y a 25 ans, des fermiers blancs zimbabwéens vieillissants agissent. Ils tentent d’impliquer l’administration Trump pour faire pression sur le gouvernement du président Emmerson Mnangagwa.

Fin 2025, quatre groupes d’anciens grands propriétaires terriens blancs ont engagé les services d’une société américaine de lobbying. Ils espèrent obtenir le versement de leur indemnisation, selon des documents rendus publics par l’administration américaine. Sous la houlette d’Emmerson Mnangagwa, soucieux de desserrer l’étau des sanctions internationales, le gouvernement zimbabwéen a signé un accord en 2020.

Cet accord prévoyait le versement de 3,5 milliards de dollars de dédommagements aux fermiers blancs. Mais accablé par une dette publique de 21 milliards de dollars, le gouvernement a changé le mode de dédommagement. Désormais, 1 % est versé en cash. Le reste est constitué d’obligations du Trésor zimbabwéen libellées en dollars américains, avec un intérêt de 2 %.

Près de 1.000 fermiers ont signé cet accord

Selon le ministre zimbabwéen des Finances, Mthuli Ncube, près de 1.000 fermiers ont signé cet accord. Certains l’ont fait de guerre lasse. Mais le processus demeure assez opaque et très lent. De nombreux autres fermiers ont refusé ce nouveau mode d’indemnisation. Ils réclament un versement intégral en liquide. Une intervention extérieure « n’est pas forcément une mauvaise chose », explique le ministre à l’AFP.

Il fait référence à la société américaine Mercury Public Affairs, contractée par les fermiers blancs. Au début des années 2000, environ 4.000 des 4.500 grands propriétaires blancs de l’époque avaient été expulsés de leurs terres. Ces terres ont été attribuées à des fermiers noirs, sur ordre du gouvernement de Robert Mugabe, contraint à la démission en 2017.

Cette initiative avait pour objectif affiché de corriger les inégalités héritées de la colonisation britannique. Mais, mal organisée, cette réforme agraire s’était faite au profit de proches du régime ou de fermiers sans équipements ni formation, provoquant un effondrement brutal de la production et plongeant l’économie du pays dans une crise catastrophique.

« Nous sommes résolus à payer… »

« Nous sommes résolus à payer et si ils (les fermiers) tentent de nous faire payer via d’autres personnes, nous n’avons pas de problème avec ça », affirme Mthuli Ncube. « Nous payons déjà de toute façon et nous aimerions payer plus rapidement », assure le ministre.

Selon un document publié sur le site du département de la Justice américain, les quatre groupes de fermiers entendent, par l’intermédiaire du groupe de lobbying, obtenir leur « indemnisation totale ».

La société est chargée d’approcher l’administration Trump « pour promouvoir le paiement aux fermiers zimbabwéens du reliquat des 3,5 milliards de dollars dus », selon le même document. En explorant de nouvelles sources de financements auprès d’institutions internationales comme la Banque mondiale.

Nombre de fermiers expropriés sont désormais septuagénaires, voire octogénaires et leur situation financière est parfois précaire, selon Harry Orphanides, représentant un des quatre groupes ayant approché la firme américaine.

« C’est une rude épreuve »

« C’est une rude épreuve pour les agriculteurs, surtout pour ceux qui sont âgés et n’ont aucune autre source de revenus, puisqu’ils dépendaient exclusivement de l’agriculture », explique Orphanides à l’AFP.

Les indemnités promises en 2020 visaient à dédommager les fermiers pour les infrastructures, notamment les bâtiments et les systèmes d’irrigation, et non pour la valeur de leurs terres. Le Zimbabwe considère que ces terres avaient été accaparées par les colons blancs au détriment des populations locales.

Obtenir une intervention du gouvernement américain « pourrait dépendre du fait qu’il y ait quelque chose que Trump veuille du Zimbabwe », décrypte l’avocat spécialisé en droit international Siphosami Malunga.

« La nouvelle politique étrangère américaine en Afrique est (désormais) plus transactionnelle », relève-t-il. Le dossier est moralement et légalement complexe. Les crimes liés à la colonisation, y compris l’accaparement des terres, n’ont pas fait l’objet d’indemnisations. En même temps, les fermiers blancs « se sont vus promettre une indemnisation qui n’a toujours pas été payée ».

Ils sont en droit de se battre pour l’obtenir, souligne un observateur. « Si l’administration Trump se saisit de ce dossier, elle cherchera certainement à obtenir une contrepartie », avance Nicole Beardsworth. Cette chercheuse en sciences politiques y voit « une perspective risquée ». Les importantes ressources minérales du Zimbabwe pourraient figurer au cœur des discussions.

Selon elle, cela pourrait provoquer « des conséquences inattendues dépassant largement les compensations réclamées » par les fermiers.

© Agence France-Presse

- Pub -
Pages jaunes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Partager :

spot_imgspot_img

Populaires

Dans la même catégorie
Associé

RDC-Burundi : La frontière rouvre

Après plus de deux mois de fermeture liés à...

Espagne : Trois migrants déguisés en moutons arrêtés

Trois migrants algériens ont été arrêtés en Espagne après...

Nigeria : Attaques meurtrières dans l’État de Kebbi

Des hommes armés du groupe Lakurawa ont mené mercredi...

Burkina-Faso: Attaque meurtrière à Tandjari

Un poste des eaux et forêts a été violemment...