Après des décennies d’émigration, les polonais rapatriés reviennent profiter d’un pays devenu prospère. La croissance économique et de nouvelles opportunités attirent étudiants, techniciens et familles vers la Pologne.
Il y eut le mineur de fond, puis le plombier: l’émigration est un long chapitre de l’Histoire de la Pologne. Mais le pays, aujourd’hui l’un des plus dynamiques d’Europe, voit revenir ses travailleurs exilés. Monika Pudlik est partie chercher un emploi en Irlande en 2004. La Pologne, pauvre, rurale, assommée par les ravages sociaux des réformes post-communistes, connaissait alors le chômage de masse.
Une vingtaine d’années plus tard, son pays « est complètement différent », constate cette opératrice de machine industrielle de 48 ans. « J’y vois beaucoup plus d’opportunités. » Etat membre de l’Union européenne depuis 2004, la Pologne est devenue la 20e économie mondiale. Son PIB par habitant a plus que triplé en deux décennies, et le taux de chômage dépasse à peine la barre des 3%.
Premier bénéficiaire de l’adhésion à l’UE, elle a investi massivement dans les infrastructures, les transports et la défense. Et pour la première fois dans son histoire récente, la tendance migratoire s’inverse.
« C’est exceptionnel dans l’histoire de la Pologne d’après-guerre, car pendant toute cette période — à l’exception de brèves interruptions où il était impossible de partir —, nous étions un pays d’émigration », explique à l’AFP Dominika Pszczolkowska, chercheuse au Centre d’études sur les migrations de l’université de Varsovie.
Pour l’économie polonaise, cela marque un nouveau départ. « Cela clôt complètement le chapitre précédent de notre histoire, lorsque nous étions un pays avec un taux de chômage à deux chiffres (…) qui exportait ses travailleurs vers d’autres pays », analyse Marcin Klucznik, conseiller à l’Institut polonais d’économie.
100.000 personnes reviennent chaque année
Difficile de quantifier précisément le phénomène: les mouvements démographiques sont fluides, les Européens de plus en plus nomades. Mais selon l’Institut national de la statistique, 100.000 personnes reviennent chaque année.
Si le plombier a incarné l’émigration polonaise récente, en réalité le pays a connu une véritable fuite des cerveaux: étudiants diplômés, ingénieurs, techniciens supérieurs, médecins… Ce sont d’abord eux qui rentrent au pays.
Plusieurs personnes interrogées par l’AFP affirment être revenues en Pologne pour raisons familiales, s’occuper d’un parent vieillissant, être plus proche de sa famille. Cela signifie aussi qu’elles jugent que les conditions de travail et de vie en Pologne n’ont désormais rien à envier à leur pays d’accueil.
« Si la Pologne ne connaissait pas cet essor, alors même quelqu’un qui voudrait revenir pour des raisons, par exemple, familiales ne le pourrait pas », rappelle Mme Pszczolkowska. Paulina Sacha, sage-femme âgée de 42 ans, a déménagé en Allemagne avec son mari et ses enfants pour travailler dans un hôpital.
Bien qu’elle se dise « absolument ravie » de son expérience, elle a finalement décidé de revenir en Pologne pour se rapprocher de sa famille et élever ses enfants. « J’ai toujours pensé que partout c’était bien, mais que la Pologne était le meilleur endroit », explique-t-elle.
La transition n’est pas toujours facile
La transition n’est pas toujours facile, les obstacles administratifs et le choc culturel inversé surprenant de nombreux rapatriés. « D’un côté, on présente la Pologne comme une réussite: verte, sûre et moderne. D’un autre côté, le retour est souvent synonyme de déception », note Izabela Grabowska, professeure de sciences sociales à l’université Kozminski.
Selon elle, les Polonais qui rentrent au pays « se heurtent souvent à des obstacles à la réintégration », en particulier sur le lieu de travail.
« Bon nombre des compétences et qualifications acquises à l’étranger par les migrants ne peuvent être directement mises à profit à leur retour, même dans des centres comme Varsovie », assure Magdalena Gawronska, responsable du programme « Returning Talent to Warsaw » (Ramener les talents à Varsovie).
Malgré tout, les candidats au retour ont l’impression que la vie en Pologne est plus avantageuse.
Survivre et payer les factures
En Europe de l’Ouest, où le coût de la vie est souvent plus élevé, « les gens travaillent juste pour survivre et payer leurs factures », explique à l’AFP Radek H., un commercial de 47 ans revenu d’Irlande il y a deux ans et qui n’a pas souhaité donner son nom de famille. « Il est impossible d’épargner. »
De nombreux Polonais qui envisagent de revenir, comme Monika Pudlik, font leurs propres recherches et se préparent à l’avance. Outre l’ouverture d’un compte bancaire et la visite de rigueur à l’organisme d’assurance sociale, elle a commencé à chercher un emploi et à se constituer un réseau d’amis. Elle prévoit de déménager dans les deux prochaines années.
Si la tendance actuelle montre un renversement de l’émigration vers le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Pays-Bas, Mme Pszczolkowska s’attend à ce qu’elle s’étende bientôt à d’autres pays européens.
« La Pologne est devenue suffisamment attractive pour attirer véritablement et sérieusement des travailleurs du monde entier », fait valoir l’analyste Marcin Klucznik.
© Agence France-Presse
















