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Peuple meurtri et paralysé face au nouveau coup de force en Guinée-Bissau

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Mohamed Sylla et ses compagnons ont fui, le souffle court, quand les rafales ont éclaté près du palais présidentiel. Ce mercredi, la Guinée-Bissau s’est réveillée sous le fracas des armes, avec un peuple meurtri et paralysé.

L’armée a renversé le pouvoir, ajoutant un chapitre à la longue chronique des coups d’État qui hantent ce pays ouest-africain. Chaque détonation résonne comme un rappel brutal : ici, la stabilité demeure une promesse fragile, sans cesse brisée par l’ombre des militaires.

Comme toujours, les commerçants se sont installés tôt. Leurs étals de fortune occupaient les trottoirs du principal marché de la capitale, sur la route de l’aéroport. Ils vendaient savon, laits de corps et produits alimentaires.

Ils pensaient vivre une journée ordinaire. Soudain, des tirs nourris ont éclaté près du palais présidentiel, au cœur de la ville. La capitale a été saisie de peur et d’inquiétude.

« C’est vers les coups de 13H00 (GMT et locales) qu’on a entendu les premiers tirs. « La panique a gagné le marché. Tout le monde a fui dans tous les sens. Certains se sont blessés », raconte Mohamed, 38 ans, le visage fermé, devant ses amis qui acquiescent, aux journalistes de l’AFP.

Quelques heures plus tard, l’armée a annoncé la chute du président sortant Umaro Sissoco Embalo. L’armée a pris le pouvoir. Les autorités devaient annoncer jeudi les résultats provisoires de la présidentielle du 23 novembre.

M. Embalo, élu en 2020 et candidat à un second quinquennat, est depuis détenu par l’armée.

Jeudi matin, les militaires ont installé le général Horta N’Tam comme président de la transition, pour un an.

– « Habitués » aux putschs –

Aucun doute dans l’esprit de Mohamed lorsqu’il a entendu les premiers tirs: il a tout de suite su qu’il s’agissait d’une nouvelle tentative de putsch. « On sait comment ça fonctionne dans ce pays. On est habitués à ces situations », lance-t-il à l’AFP.

À Bissau, tout s’est figé. Le nouveau coup de force a stoppé le rythme de la capitale. Dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, l’histoire reste marquée par des crises politiques et des putschs répétés.

Stations-service, magasins, boutiques, marché, transports… Presque tout est à l’arrêt dans la capitale aux allures de ville morte.

« La douleur est là. Le pays est paralysé. ». Il n’y a aucun client dans le marché », regrette l’un des commerçants. « On vit au jour le jour. On n’a même pas de quoi manger », renchérit un autre, s’exprimant sous couvert de l’anonymat pour des raisons de sécurité.

Assis en face de l’autoroute qui passe devant le marché, leur regard plongé dans le vide, les cinq camarades d’infortune condamnent tous cet énième putsch.

« A chaque fois qu’on commence à nourrir de l’espoir dans le pays, les crises s’installent. Cela ne peut pas continuer… », déplore Mamadou Woury Diallo.

Ce vendeur de savon dit avoir marché plusieurs kilomètres pour rejoindre le marché, espérant gagner un peu d’argent pour pouvoir nourrir sa famille.

« Comment je vais faire maintenant ? Je n’ai aucun rond et je vais devoir retourner chez moi à pied », s’offusque-t-il.

– Déception –

Suncar Gassama, installée au Portugal, était venue à Bissau pour se détendre. Elle ne s’attendait pas à être témoin d’une nouvelle crise dans le pays.

« J’étais très contente de voir les Bissau-Guinéens aller voter. « Quand j’ai entendu les tirs, j’ai été envahie par la tristesse. Mon pays, quitté depuis trente ans, replongeait dans la crise », confie cette quadragénaire à l’AFP.

Elle souhaite que le pays s’éloigne des violences et lutte pour l’instauration de la démocratie.

« La Guinée-Bissau possède de grandes richesses et réunit toutes les conditions pour bien vivre.Je ne comprends pas pourquoi les Bissau-Guinéens ont toujours la violence dans leur tête et sont en train de tirer partout », lance-t-elle.

Jeudi, la junte désormais au pouvoir a ordonné la réouverture des marchés et des centres commerciaux désertés après le putsch.

Source: Agence France-Presse

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