Le Conseil de sécurité de l’ONU a donné son feu vert mardi à la mise en place d’une nouvelle force antigang en Haïti. Cette transformation de la mission multinationale de soutien à la police vise à endiguer la violence qui ravage le pays, en renforçant les capacités opérationnelles sur le terrain.
Pour essayer d’enrayer les exactions des gangs qui contrôlent la quasi-totalité de la capitale Port-au-Prince, le Conseil avait approuvé en 2023 la création de la Mission multinationale de sécurité (MMAS), menée par le Kenya, pour aider la police haïtienne dépassée.
Mais sous-équipée, sous-financée, et avec seulement un millier de policiers sur les 2 500 espérés, ses résultats sont plus que mitigés.
« Chaque jour, des vies innocentes s’éteignent sous les balles, le feu, la peur. Des quartiers entiers disparaissent, forçant plus d’un million de personnes à l’exil intérieur et réduisant à néant souvenirs, investissements, infrastructures », a ainsi décrit le président du Conseil présidentiel de transition haïtien Laurent Saint-Cyr la semaine dernière à la tribune de l’ONU.
Il s’est exclamé : ‘Voilà le visage d’Haïti aujourd’hui ! C’est un pays en guerre, un Guernica contemporain. Une tragédie humaine frappe aux portes de l’Amérique, à seulement quatre heures de vol d’ici.
– Vers une force internationale renforcée –
Haïti soutenait ainsi l’initiative des États-Unis et du Panama de transformer la MMAS en une « force de répression des gangs ».
Mardi, à New York, le Conseil a adopté la résolution par 12 voix pour et 3 abstentions (Chine, Russie, Pakistan). Elle prévoit la transition de la MMAS vers une nouvelle mission. Celle-ci durera initialement un an.
La nouvelle force comptera jusqu’à 5 500 membres en uniforme. Elle inclura des policiers, mais aussi des militaires. Contrairement à la MMAS, elle bénéficiera d’une composition plus robuste.
Cette initiative s’accompagnera de la création d’un bureau de soutien de l’ONU. Le secrétaire général Antonio Guterres l’a proposé il y a plusieurs mois. Ce bureau fournira le soutien logistique et financier nécessaire à la mission.
– « La sécurité peut être rétablie » –
Juste avant le vote, l’ambassadeur du Panama, Eloy Alfaro de Alba, a lu une déclaration au nom de 50 pays. Il a souligné que l’aide des Nations unies, en matière de logistique et d’administration, permettrait de renforcer la force sur le terrain. Grâce à cette aide, le Conseil pourrait contribuer à rétablir la paix dans une nation étouffée par des gangs impitoyables.
La semaine dernière, Christopher Landau, secrétaire d’État adjoint américain, a assuré que le nouveau mandat renforcerait l’action de la force. Celle-ci pourra s’attaquer aux gangs de manière proactive. De plus, elle disposera des outils nécessaires pour restaurer la sécurité en Haïti.
Le président kenyan William Ruto, dont le pays dirige la mission actuelle, avait lui aussi plaidé pour une force renforcée.
La semaine dernière, il a affirmé pouvoir rétablir la sécurité en Haïti. Selon lui, cela est possible avec du personnel qualifié, des ressources suffisantes, un bon équipement et une logistique adaptée. Il a ainsi voulu rassurer tous les partenaires et acteurs impliqués.
« J’attends avec impatience la participation du Kenya à la transition (…). Le Kenya ne quittera pas Haïti à la hâte », a-t-il indiqué.
Haïti est le pays le plus pauvre des Amériques. Depuis longtemps, il subit la violence des bandes criminelles. Celles-ci commettent des meurtres, des viols, des pillages et des enlèvements. En outre, le pays traverse une instabilité politique chronique.
La situation s’est encore largement détériorée depuis le début de l’année 2024, lorsque les gangs ont poussé le Premier ministre de l’époque Ariel Henry à la démission. Le pays, qui n’a pas connu d’élections depuis 2016, est depuis dirigé par un Conseil présidentiel de transition.
© Agence France-Presse
















