Niamey relance l’offensive.Vendredi soir, le chef de la junte nigérienne a de nouveau accusé la France d’être derrière l’attaque de l’aéroport de Niamey fin janvier, pourtant revendiquée par l’État islamique.
Il affirme que les assaillants visaient à « détruire les capacités aériennes de l’armée », un objectif qui, selon lui, « n’a pas été atteint ».
Et cette nouvelle charge ravive encore les tensions entre Niamey et Paris.
Depuis son arrivée au pouvoir par un putsch en juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani, partisan d’une ligne souverainiste, multiplie les attaques contre la France.
Il accuse l’ancienne puissance coloniale de financer les groupes jihadistes qui frappent le Niger depuis dix ans.
Et cette rhétorique structure désormais son discours politique.
Paris réfute régulièrement toute volonté d’ingérence dans les affaires du Niger. La France rappelle aussi avoir longtemps combattu les jihadistes au Sahel, avant d’être poussée vers la sortie par les juntes au pouvoir. Et ce rappel vise à contrer les accusations de Niamey.
« L’État islamique au Sahel (EIS) a revendiqué dès le lendemain l’attaque du 29 janvier contre l’aéroport de Niamey ». Et cette revendication replace l’événement dans la longue série d’opérations menées par le groupe dans la région.
Cette attaque s’inscrit dans « un agenda de déstabilisation maladive », a déclaré le général Tiani vendredi soir, lors d’une interview à la télévision publique.
Et cette accusation renforce encore la rhétorique de siège du régime.
« Ce n’est un secret pour personne. Notre arrivée au pouvoir a créé une inimitié ouverte entre le président français Emmanuel Macron et nous », a‑t‑il déclaré. Et cette phrase assume frontalement la rupture.
– Sécurité, propagande et alliances –
Le lendemain de l’attaque, il avait déjà accusé la France, la Côte d’Ivoire et le Bénin — deux alliés ouest‑africains de Paris — d’être les « sponsors » des jihadistes. Les trois pays ont fermement démenti. Et cette escalade verbale a encore tendu le climat.
Le général Tiani a assuré que « l’objectif de l’attaque était de détruire les capacités aériennes de l’armée ». Il affirme que cet objectif « n’a pas été atteint ». Et cette précision vise à montrer que le dispositif a tenu.
Il a ajouté que ce raid devait être « suivi de sept autres attaques simultanées » dans plusieurs localités de la région de Tillabéri, où les groupes jihadistes sont actifs depuis près de dix ans. Une précision qui souligne l’ampleur de la menace. Et cette révélation souligne l’ampleur de la menace.
Reconnaissant une « faille » dans le dispositif de sécurité de l’aéroport, il a assuré que l’attaque avait été « vaillamment repoussée ».
Une manière de minimiser l’incident tout en mettant en avant la réactivité des forces nigériennes. Il a ajouté que « les forces de défense et de sécurité sont prêtes à relever tout défi ». Et cette déclaration vise à rassurer après l’incident.
Des soldats russes — Moscou étant devenu le partenaire privilégié de Niamey — ont aidé l’armée nigérienne à repousser l’attaque. Et cette intervention confirme le basculement stratégique du régime.
Mercredi, un cadre de la junte, le général Amadou Ibro, a affirmé que la France s’apprêtait à « faire la guerre au Niger ». Il a appelé la population à s’y « préparer ». Et cette déclaration a immédiatement ravivé les tensions.
« Il n’est pas question d’intervention française au Niger », a démenti le porte‑parole de l’état‑major français, le colonel Guillaume Vernet. Il estime qu’il s’agit « manifestement d’une guerre informationnelle » menée par Niamey. Et cette mise au point vise à couper court aux spéculations.
– Uranium, souveraineté et rancœurs –
Le Niger a rompu ses relations avec Paris après le putsch de 2023. Depuis, la junte revendique une politique de souveraineté, notamment sur ses matières premières. Et elle accuse l’ancienne puissance coloniale d’avoir pillé ses richesses.
À ce titre, la junte a nationalisé la Somaïr, jusque‑là filiale du géant français de l’uranium Orano.
Et en retour, l’entreprise a lancé plusieurs procédures judiciaires.
Vendredi soir, le général Tiani a affirmé être prêt à « envoyer » à la France la part d’uranium découverte par la junte sur le site de la Somaïr.
Une déclaration provocatrice qui s’inscrit dans la montée des tensions entre Niamey et Paris. Selon lui, cela représente une centaine de tonnes. Et cette annonce ajoute encore de la tension au dossier.
« Mais le Niger considère que tout ce qui a été produit depuis lui appartient et restera sur son sol », a‑t‑il martelé.
Une cargaison d’environ 1 000 tonnes de yellow cake reste bloquée à l’aéroport de Niamey. Elle attend une éventuelle exportation depuis plusieurs semaines. Et la situation s’enlise.
Ce concentré d’uranium, stratégique pour l’industrie nucléaire, demeure sous contrôle des autorités nigériennes. Et les discussions autour de son transfert se heurtent à un contexte politique et sécuritaire tendu.
Source: Agence France-Presse
















