À Douala, l’allocution de Paul Biya à la veille de la 60e édition de la fête de la Jeunesse a suscité peu d’enthousiasme. Beaucoup de jeunes disent ne plus se sentir concernés.
« Qu’avez-vous retenu du discours du chef de l’État ? » La question a été posée dans les rues bruyantes de Douala. Devant les commerces, dans les carrefours, les réponses sont très souvent brèves et sèches. Et un même refrain revient, le désintérêt.
Lucien Arold, employé dans une microfinance, hausse les épaules. Pour lui, le président a répété du déjà-entendu. « Chaque année, c’est la même chose », souffle-t-il, un peu colérique. Le jeune homme de 34 ans parle d’emplois promis, d’opportunités annoncées, d’espoirs suspendus. Puis il conclut : « rien de nouveau ».
Non loin du Carrefour Nkolmbong, dans le 3ème arrondissement de Douala, Samira arrange ses marchandises sur une table de fortune. Diplômée en logistique et transport, elle survit dans l’informel. « Je n’écoute plus ses discours depuis longtemps », lâche-t-elle. Trop de promesses, aucun résultats. Elle dit avoir appris à ne plus espérer. Sa priorité, désormais, c’est son commerce.
Ledoux Pokam, entrepreneur, ne mâche pas ses mots. « Ceux qui écoutent encore pensent qu’il va changer », ironise-t-il. Pour lui, le problème est plus profond. Il évoque des projets annoncés, jamais concrétisés. Alors il avance seul, sans attendre l’État. Son ton est sec et résigné.
« Il n’y a pas de petit métier »
Michelle, vendeuse à la sauvette, a pourtant tendu l’oreille. Une phrase l’a marquée : « Il n’y a pas de petit métier.» Elle esquisse un sourire amer. «On nous dit ça, mais regardez nos conditions. Une façon de se moquer de nous », estime-t-elle. Elle évoque les enfants « bien situés » des élites. Le contraste blesse cette jeune maman de 29 ans.
Pourtant, certains ont écouté avec attention. Emilienne, étudiante, cite les thèmes abordés : délinquance, abus d’alcool, stupéfiants, réseaux sociaux. Le chef de l’État a appelé à la responsabilité. « C’est ce que j’ai retenu », dit-elle calmement. Elle reconnaît la gravité des dérives, mais attend davantage de solutions concrètes. Donald quant à lui choisit d’y croire encore. A 36 ans, il espère que cette fois les promesses seront tenues.
Une chose est claire, les jeunes interrogés à Douala ne contestent même plus vraiment le contenu des discours. Mais ils semblent ailleurs. Ils sont préoccupés par l’urgence de survivre, de se débrouiller, de s’en aller parfois très loin du pays. , la parole présidentielle glisse, simplement, sur une génération qui n’attend plus des mots, mais des preuves.
















