Mercredi, la Guinée‑Bissau s’effondre à nouveau dans le fracas des armes. L’armée renverse le président sortant et brise le processus électoral en cours. Ce coup de force n’est pas isolé : il s’inscrit dans une spirale de dix putschs qui, depuis 2020, secouent le continent. L’Afrique sous le choc des putschs devient le symbole d’une démocratie suspendue, où chaque espoir électoral se heurte à la brutalité des armes et où l’avenir reste prisonnier de l’instabilité.
Chaque renversement devient un symbole de fragilité institutionnelle, rappelant que la démocratie reste précaire, sans cesse menacée par l’ombre des militaires.
– Mali: deux coups d’Etat en neuf mois –
Le 18 août 2020, le pouvoir bascule à Bamako. Cinq colonels renversent Ibrahim Boubacar Keïta, mettant fin brutalement à son mandat. Dans la foulée, un officier à la retraite est placé à la tête de la transition et un gouvernement est constitué.
Mais derrière ces gestes administratifs se dessine une fracture plus profonde : celle d’un pays où l’armée s’impose comme arbitre, et où chaque coup de force devient le symbole d’une démocratie fragile, suspendue aux décisions des uniformes.
Mais le 24 mai 2021, les militaires arrêtent le président de la transition et le Premier ministre. Leur chef, Assimi Goïta, est investi comme nouveau président de transition.
Après avoir juré de restituer le pouvoir aux civils en février 2024, les militaires reculent. L’élection présidentielle est renvoyée à une échéance inconnue. Leur justification s’appuie sur l’insécurité persistante, nourrie par les violences jihadistes.
Ce report symbolise une promesse démocratique suspendue, une voix des urnes étouffée et un peuple contraint d’attendre dans l’instabilité.
Le général Goïta promulgue en juillet 2025 une loi lui accordant un mandat de cinq ans renouvelable sans élection.
Depuis septembre, les jihadistes asphyxient l’économie avec un blocus sur les carburants, fragilisant la junte au pouvoir.
– Guinée-Conakry –
Le 5 septembre 2021, la Guinée bascule. Le président Alpha Condé est renversé par les militaires. Quelques semaines plus tard, le 1er octobre, le colonel Mamadi Doumbouya s’installe à la tête de l’État. Il promet alors de restituer le pouvoir aux civils.
Mais cette promesse, suspendue dans l’incertitude, devient le symbole d’une démocratie fragile, où chaque coup de force rappelle la difficulté d’ancrer durablement l’espoir dans les urnes.
Le général dépose sa candidature. L’élection présidentielle est fixée au 28 décembre. Et elle doit rétablir l’ordre constitutionnel.
– Soudan –
Le 25 octobre 2021, le pouvoir bascule à nouveau au Soudan. Sous la conduite du général Abdel Fattah al-Burhane, les militaires chassent les dirigeants civils de transition, censés ouvrir la voie à la démocratie après trois décennies de dictature d’Omar el-Béchir, renversé en 2019.
Ce coup de force marque une rupture brutale. Il efface la promesse d’un avenir démocratique. Et il replonge le pays dans l’ombre des uniformes, enfermant chaque espoir sous la violence des armes.
Depuis le 15 avril 2023, le pays est en guerre. Le général Burhane affronte son ancien second, Mohamed Hamdane Daglo, chef des paramilitaires. Et cette lutte de pouvoir ravage la nation.
Elle a fait des dizaines de milliers de morts, des millions de déplacés et provoqué selon l’ONU la « pire crise humanitaire au monde ».
– Burkina Faso: deux putschs en 8 mois –
Le 24 janvier 2022, le Burkina Faso bascule. Des militaires chassent Roch Marc Christian Kaboré du pouvoir, brisant l’ordre constitutionnel. Quelques semaines plus tard, en février, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba s’installe à la présidence.
Ce passage brutal des civils aux uniformes devient le symbole d’une démocratie suspendue, où l’espoir des urnes s’efface derrière la force des armes et où un peuple meurtri attend, paralysé, la promesse d’un avenir incertain.
Le 30 septembre, des militaires renversent Damiba. Et le pays bascule à nouveau. Le capitaine Ibrahim Traoré prend la présidence de transition. Et il promet de rendre le pouvoir aux civils.
Mais en mai 2024, la junte l’autorise à rester cinq ans de plus à la tête de ce pays miné par des violences jihadistes.
– Niger –
Le 26 juillet 2023, le Niger bascule. Des militaires renversent Mohamed Bazoum, brisant l’ordre constitutionnel. À leur tête, le général Abdourahamane Tiani s’installe comme nouvel homme fort du pays.
Ce coup de force résonne bien au-delà des frontières : il incarne la fragilité des institutions démocratiques et la montée en puissance des uniformes, symbole d’un continent où l’espoir des urnes se heurte encore au fracas des armes.
Mars 2025, la promesse démocratique s’éloigne. La junte annonce qu’elle prolonge sa transition d’au moins cinq ans, maintenant son emprise sur l’État. Dans un pays meurtri et paralysé par les violences jihadistes, cette décision résonne comme un verrou supplémentaire : l’avenir suspendu, la voix des urnes étouffée, et une nation contrainte de survivre dans l’ombre des armes et de l’incertitude.
– Gabon –
Au Gabon, l’histoire s’interrompt brutalement le 30 août 2023. Moins d’une heure après l’annonce de sa réélection, les militaires renversent Ali Bongo Ondimba. Ce coup de force met fin à quatorze années de son règne et brise la continuité d’une dynastie qui dominait le pays depuis plus de cinquante-cinq ans.
Dans ce basculement, c’est tout un peuple qui voit s’effondrer l’illusion d’une stabilité électorale, remplacée par le fracas des armes et l’ombre d’une transition incertaine.
Le général Brice Oligui Nguema est investi président de transition. Et il prend les rênes du pays.
Avril 2025 marque un tournant. Élu président avec 94,85 % des voix, il incarne une victoire écrasante. Mais son serment, prononcé sur la nouvelle Constitution approuvée par référendum pendant la transition, dépasse le simple rituel.
Il incarne un pouvoir consolidé. La démocratie reste suspendue entre légitimité populaire et contrôle militaire. Et un peuple meurtri et paralysé voit son avenir scellé dans l’ombre des urnes et des uniformes.
– Madagascar –
Octobre 2025, Madagascar vacille. Une unité militaire se rallie aux jeunes de la génération Z, dont la contestation secoue l’île depuis des semaines. Ensemble, ils renversent le président Andry Rajoelina.
Ce basculement résonne comme un symbole : la jeunesse en colère et l’armée unie imposent une rupture brutale, révélant un pays meurtri et paralysé, suspendu entre l’espoir d’un renouveau et l’ombre persistante des coups de force.
Le colonel Michaël Randrianirina s’installe au sommet de l’État. Investi président, il annonce des élections dans un horizon de 18 à 24 mois. Cette promesse reste suspendue. Elle traduit un pari fragile : un pouvoir militaire qui promet les urnes, mais maintient un peuple meurtri et paralysé dans l’attente.
Source: Agence France-Presse
















