Organiser un scrutin en Ukraine en temps de guerre semble irréalisable. Entre combats, territoires occupés et millions de déplacés, Volodymyr Zelensky exige un cessez-le-feu et des garanties de sécurité avant toute élection.
Depuis le déclenchement de l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, le Kremlin et, plus récemment, la Maison Blanche ont affirmé que Kiev devait organiser des élections dans le cadre d’un accord de paix. Moscou semble espérer se débarrasser du président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui refuse de céder à ses demandes, après avoir échoué dans sa tentative de le renverser au début de la guerre.
Citant des sources anonymes, le Financial Times a écrit mercredi que l’Ukraine, sous la pression américaine, envisageait d’organiser un scrutin présidentiel et un référendum sur un plan de paix d’ici à la mi-mai. Réagissant quelques heures plus tard à cette information, M. Zelensky a pour sa part insisté sur le fait que son pays n’organiserait des élections qu’après un « cessez-le-feu » avec Moscou et l’obtention de « garanties de sécurité ».
« Nous passerons aux élections quand toutes les garanties de sécurité nécessaires seront en place », a-t-il souligné au cours d’une conférence de presse en ligne. « C’est très facile à faire: (il faut) instaurer un cessez-le-feu et il y aura des élections », a-t-il ajouté. M. Zelensky a à cet égard démenti que Washington ait menacé de ne pas fournir, de son côté, de garanties de sécurité si l’Ukraine n’organisait pas d’élections.
« Quant à la menace de retirer leurs garanties de sécurité, non, ils (les Américains) ne menacent pas de retirer leurs garanties de sécurité », a-t-il martelé, affirmant que les Etats-Unis n’établissent pas de liens entre garanties de sécurité et élections. Voici un résumé des obstacles à surmonter pour organiser un vote en temps de guerre.
L’Ukraine a instauré la loi martiale lorsque les forces russes ont franchi sa frontière en février 2022, un régime qui interdit toute élection. Sous la pression des Etats-Unis, elle a déjà créé en 2025 un groupe de travail chargé d’examiner l’organisation de scrutins après la levée de la loi martiale.
« Utiliser l’absence d’élections comme argument »
« Je ne veux pas que l’Ukraine soit en position de faiblesse, que quiconque puisse utiliser l’absence d’élections comme argument contre l’Ukraine », a déclaré M. Zelensky à des journalistes – dont l’AFP – en décembre. « C’est pourquoi je suis résolument favorable à l’organisation d’élections », a-t-il ajouté. Tout accord prévoyant une cession de territoire à Moscou doit être soumis à référendum, insiste le gouvernement ukrainien.
Pour l’Ukraine, les combats qui font rage sur le front et les bombardements meurtriers russes qui visent quotidiennement l’ensemble de son territoire sont le principal obstacle. Ce pays n’ayant pas de vote électronique ou par correspondance, il paraît difficile d’organiser la participation à un scrutin des millions d’Ukrainiens qui ont fui à l’étranger ou vivent sous occupation russe, ainsi que des centaines de milliers de militaires déployés dans les zones de combat.
« Les élections doivent avoir lieu dès que possible mais pas avant que la situation sécuritaire ne le permette », a déclaré mercredi à l’AFP un haut responsable ukrainien. « Pour l’instant, la terreur russe se poursuit et rien n’indique que la Russie soit intéressée à mettre fin à la guerre », a ajouté ce responsable s’exprimant sous le couvert de l’anonymat.
Pour le politologue ukrainien Volodymyr Fessenko, « les élections dans les territoires occupés sont complètement impossibles ». « Même après la fin de la guerre », a-t-il dit à l’AFP. Seuls 10% des Ukrainiens soutiennent un scrutin avant un cessez-le-feu, selon un sondage réalisé fin 2025 par l’Institut international de sociologie de Kiev (KIIS).
Vladimir Poutine, qui dirige depuis 1999 son pays, affirme que son homologue ukrainien est illégitime depuis l’expiration de son mandat de cinq ans en 2024. La Russie assure qu’elle pourrait cesser le feu le jour du vote en Ukraine mais uniquement si les Ukrainiens vivant sur le sol russe et dans les zones occupées sont autorisés à y prendre part, ce qui est exclu pour le gouvernement ukrainien.
Trump veut mettre fin à la guerre
Le président américain Donald Trump veut mettre fin à la guerre dès que possible et a exigé l’organisation d’élections en Ukraine dans le cadre d’un plan de paix en 20 points qu’il souhaite voir accepté par Kiev et Moscou. M. Trump, allié majeur mais imprévisible de l’Ukraine, a aussi accusé en décembre les autorités ukrainiennes d’instrumentaliser la guerre pour ne pas organiser d’élections.
Selon son entourage, Volodymyr Zelensky n’a pas encore décidé s’il allait briguer un second mandat. Le président a affirmé en 2025 être prêt à se retirer après un accord de paix. »Si nous mettons fin à la guerre avec les Russes, oui, je suis prêt », avait-il déclaré dans un entretien avec le média Axios.
Cet ancien comédien de 48 ans a vu sa popularité s’effriter après des niveaux de soutien inédits au début de l’invasion en 2022, mais celle-ci reste très élevée. Fin 2025, 59% des Ukrainiens déclaraient lui faire confiance, d’après le sondage du KIIS.
Mais une autre enquête d’opinion a donné M. Zelensky au coude-à-coude avec l’ex-chef des armées Valery Zaloujny – qu’il a limogé – et suggéré que l’actuel président pourrait perdre face à lui au second tour. D’autres candidats pourraient se présenter, dont des responsables militaires, mais aussi l’ancien président Petro Porochenko ou l’ex-Première ministre Ioulia Timochenko, relèvent des experts.
© Agence France-Presse
















