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Sénégal : Les serviettes hygiéniques chinoises à problème

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« Trop, c’est trop ! » : un cri de colère contre les serviettes hygiéniques chinoises. En ce matin de janvier, plusieurs dizaines de Sénégalais sont rassemblés près du ministère de la Santé à Dakar. Dans leur ligne de mire, le silence jugé « complice » et « inacceptable » des autorités sur la désormais « affaire Softcare », un possible scandale sanitaire concernant le premier vendeur de produits hygiéniques sur le continent africain.

La colère de ces citoyens est montée après que des inspecteurs de l’Agence sénégalaise de régulation pharmaceutique (ARP) ont accusé l’entreprise chinoise Softcare de détenir 1 300 kg de matières premières périmées et impropres à la fabrication de serviettes hygiéniques pour femmes et de couches pour bébés.

« Depuis trois semaines, le ministre n’a pas réagi », fulmine auprès des journalistes le député de l’opposition Guy Marius Sagna lors du rassemblement. La controverse défraie la chronique au Sénégal depuis la mi-décembre. En Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, de nombreuses femmes et jeunes filles peinent à accéder à des produits menstruels de qualité, selon l’Unicef.

Softcare, filiale du groupe chinois Sunda International active en Afrique depuis 2009, est commercialisée dans plus de 30 pays à travers le monde, dont une dizaine en Afrique, avec des unités de production et de distribution notamment au Kenya, Ghana, Côte d’Ivoire, Sénégal, Ouganda, Nigeria et Cameroun.

 Démangeaisons après usage 

A la suite du rapport d’une mission d’inspection dans l’usine sénégalaise de Softcare, le directeur général de l’ARP a demandé début décembre le « retrait de ces produits (Softcare) du marché, pour des raisons de santé publique », « jusqu’à la mise en conformité du processus de fabrication ».

« Des produits aussi sensibles, fabriqués avec des intrants inappropriés, peuvent provoquer des irritations, des démangeaisons, des allergies ou encore des infections », explique à l’AFP le docteur Diabel Drame, l’un des responsables du syndicat sénégalais des médecins.

Contactée par l’AFP, la pharmacienne et lanceuse d’alerte santé sur TikTok, Alima Niang, indique que plusieurs utilisatrices ont signalé des démangeaisons après usage de ces serviettes de la marque Softcare.

L’une d’elles a témoigné en commentaire sous l’un de ses posts: « Je l’ai utilisé deux fois sur recommandation de ma nièce, mais j’ai arrêté parce que ça me démangeait. C’était en 2024, et je ne suis pas la seule à avoir eu des démangeaisons après l’utilisation de ce coton », écrit-elle.

Ces expériences contrastent avec les assurances de l’entreprise, qui affirme que ses processus de fabrication sont conformes aux normes et que la fiabilité de ses produits n’est pas en cause.

Interrogé par l’AFP, Softcare a assuré que le stock incriminé n’a jamais été utilisé, « ni avant ni après l’affaire ». Selon l’entreprise, il avait été entreposé dans un hangar, mis hors service, dans l’attente d’être détruit.

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Volte-face

L’inquiétude a grandi au Sénégal quand, huit jours après son premier communiqué, le directeur général de l’ARP a fait volte-face et a affirmé que selon les documents transmis par Softcare, « les matières premières périmées n’ont pas été intégrées dans le processus de production ».

Un revirement dont se sont désolidarisés le lendemain le docteur Moussa Diallo, qui a dirigé la mission d’inspection, et deux autres inspecteurs de l’ARP.

M. Diallo a affirmé sur les réseaux sociaux avoir repoussé des tentatives de corruption de la part d’agents de Softcare, qui, selon lui, se sont présentés à son bureau « à quatre reprises, munis de valises remplies d’argent et de cadeaux ».

Interrogés par l’AFP le 28 janvier, des responsables de Softcare au Sénégal nient toute tentative de corruption ou remise d’argent. La société juge les accusations à son encontre « infondées », « diffamatoires » et « calomnieuses ». Softcare déplore désormais que son activité tourne au ralenti en raison de la méfiance liée à l’affaire.

Information parlementaire

Début janvier, le ministère de la Santé a tenté d’apaiser les tensions en annonçant qu’une « mission conjointe d’enquête » rendrait des conclusions « précises« . Une mission d’information parlementaire a annoncé le 15 janvier le lancement d’auditions pour clarifier les décisions de retrait puis de remise sur le marché des produits concernés.

Mais pour Souleymane Gueye, membre du mouvement citoyen FRAPP, les autorités font « dans le dilatoire ». Il promet de nouvelles actions de protestation.

L’affaire Softcare au Sénégal a relancé sur les réseaux sociaux des critiques de consommatrices camerounaises, pays où la marque avait déjà suscité une polémique en septembre, certaines témoignant de démangeaisons et brûlures après utilisation. La filiale camerounaise du groupe Sunda avait répondu en évoquant la circulation de contrefaçons.

Ces réserves sur la qualité des serviettes menstruelles ne sont pas isolées sur le continent. Au Kenya, une enquête de « Nguvu Collective » datant de 2025 auprès de 9.500 personnes souligne de fortes disparités de qualité entre marques et un respect souvent insuffisant des normes sanitaires sur plusieurs marchés africains.

© Agence France-Presse

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