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Ouganda : Après la réélection de Museveni, son fils cible Bobi Wine

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Trans Afrique

À peine réélu pour un septième mandat, le président ougandais Yoweri Museveni voit son fils et héritier présumé, Muhoozi Kainerugaba, provoquer un tollé. Le chef de l’armée a proféré de graves menaces contre l’opposant Bobi Wine, ravivant les inquiétudes autour de la succession et du climat politique en Ouganda.

Yoweri Museveni à peine proclamé vainqueur d’un septième mandat consécutif à la tête de l’Ouganda, son fils Muhoozi Kainerugaba, qui rêve de lui succéder, est sorti de sa réserve pour menacer de mort l’opposant Bobi Wine.

« Nous avons tué 22 terroristes de la NUP (la Plateforme d’unité nationale, le parti de l’opposant Bobi Wine, NDLR). Je prie pour que Kabobi (le surnom qu’il lui a donné) soit le 23ème », a-t-il écrit lundi soir.

Une nouvelle provocation en ligne dont le chef de l’armée ougandaise, né en Tanzanie et qui a passé une partie de son enfance hors d’Ouganda, a fait sa marque de fabrique depuis des années.

Des « menaces de mort » dénoncées par Bobi Wine, qui avait précédemment exprimé son « rejet total des résultats truqués » du dernier scrutin et qui a déclaré être en fuite après un raid des forces de sécurité sur son domicile.

Dans la même série de publications publiées lundi soir sur X, où plus d’un million d’internautes le suivent, Muhoozi Kainerugaba, a également donné à l’opposant, qu’il a par le passé menacé de décapiter, « exactement 48 heures pour se rendre à la police ».

« S’il ne le fait pas, nous le traiterons comme un hors-la-loi/rebelle et agirons en conséquence », a-t-il menacé.

« Il est mon prochain président »

Ces outrances répétées n’empêchent pas de nombreux Ougandais de voir en Muhoozi Kainerugaba, 51 ans, le successeur désigné de son père.

« Il est mon prochain président », affirmait samedi, Natasha Alinitwe, 25 ans, le jour du sacre sans surprise du père, alors qu’elle portait, comme d’autres, un t-shirt à l’effigie du fils.

Car à 81 ans, l’ex-guerillero Yoweri Museveni, qui dirige le pays d’une main de fer depuis 1986, et a remporté un septième mandat consécutif en s’étant appuyé sur un contrôle total de l’appareil électoral et sécuritaire, sait n’être pas éternel.

S’il n’évoque jamais sa succession et n’a pas officiellement désigné de dauphin, le Mzee (« le Vieux », le surnom bienveillant qui lui est donné) n’ignore pas que son fils rêve de le remplacer.

En 2023, Muhoozi Kainerugaba annonçait sa candidature à la présidentielle de 2026, sans grand ménagement pour son père. « Il y en a assez des vieux qui nous gouvernent », écrivait-il alors.

Des études dans plusieurs écoles militaires 

L’unique fils du chef de l’Etat – Museveni a trois filles par ailleurs -, qui a fait des études dans plusieurs écoles militaires étrangères, dont la prestigieuse Sandhurst au Royaume-Uni, s’est vu bombarder chef des armées en mars 2024.

Un moyen pour son père de calmer ses ambitions politiques, selon des analystes. « Muhoozi » avait quelques mois plus tard renoncé à sa candidature et affiché son soutien à son père, tout en assurant qu' »aucun civil ne dirigera (le pays) » après Yoweri Museveni. L’exercice du pouvoir après le « Mzee » est un sujet tabou en Ouganda.

En 2013, la police avait fait fermer deux journaux et deux stations de radio durant dix jours pour avoir publié un mémo confidentiel évoquant l’existence d’un « Projet Muhoozi » préparant son arrivée aux affaires.

De nombreux anciens alliés de Museveni, dont son médecin personnel Kizza Besigye devenu une figure de l’opposition sous les verrous depuis 2024, se sont brouillés avec le président au sujet de l’ascension de son fils.

L’épouse de M. Besigye et directrice exécutive d’Onusida, Winnie Byanyima, a déclaré à la presse ougandaise mardi que l’emprisonnement de son mari était en partie dû à la volonté du président « d’installer son fils au pouvoir. »

« Faire taire le seul leader de l’opposition »

« Museveni veut faire taire le seul leader de l’opposition qui le comprend et qui lui tient tête, lui et ses agissements criminels », a-t-elle encore affirmé en décriant que son mari a été renvoyé en prison après une hospitalisation, décriant un « complot » pour qu’il meure sous les verrous.

« Le président Museveni semble parfois avoir désigné son fils comme successeur (…) avant de se raviser et de le destituer », en raison de son comportement erratique, et souvent radical, estime Kristof Titeca, spécialiste de l’Ouganda basé à l’université d’Anvers (Belgique). En 2022, Muhoozi Kainerugaba avait menacé d’envahir le Kenya, contraignant son père à présenter de plates excuses à Nairobi.

L’an passé, il avait fait suspendre toute coopération militaire avec l’Allemagne, l’armée ougandaise accusant l’ambassadeur allemand à Kampala Matthias Schauer « d’activités subversives ».

Selon des médias locaux, cette décision faisait suite à une réunion entre des diplomates européens, dont M. Schauer, et le frère du président Museveni, Salim Saleh, qui aurait promis de le « contenir » après ses publications virulentes.

Or Salim Saleh, un ancien militaire et figure incontournable du pouvoir depuis des décennies, est vu par beaucoup comme l’alternative à Muhoozi Kainerugaba.

Les prochaines semaines seront donc déterminantes, selon le chercheur Kristof Titeca, pour comprendre, à travers les nominations au sein du nouvel exécutif, lequel des deux a pris l’ascendant sur l’autre.

© Agence France-Presse

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