Plus d’une centaine de personnes ont été tuées dans le village de Woro. Le village se situe dans l’État de Kwara, au centre-ouest du Nigeria. Les assaillants étaient des jihadistes présumés, selon les informations recueillies par les survivants. L’attaque visait ceux qui refusaient de suivre l’idéologie des assaillants. Des femmes et des enfants ont été enlevés, tandis que des exécutions sommaires ont été commises contre d’autres habitants.
« Ils ont tué deux de mes fils devant ma maison », confie Umar Bio Salihu, encore traumatisé par les événements. « Ils ont également enlevé ma seconde femme et trois de nos filles », ajoute le chef du village de Woro. Ces violences ont eu lieu dans le centre-ouest du Nigeria, au lendemain du massacre de plus d’une centaine de personnes.
Les assaillants sont des jihadistes présumés, selon les survivants et habitants locaux. Réfugié dans la petite ville voisine de Kaiama, dans l’Etat de Kwara, où il a une maison, M. Salihu raconte la nuit d’horreur qu’il vient de vivre lors d’une des pires tueries commises dans le pays. Ces violences sont survenues dans le pays depuis plusieurs mois, affectant de nombreuses communautés et laissant derrière elles un lourd bilan humain.
L’État de Kwara connaît une forte insécurité entre pillages de bandes armées et une menace jihadiste en augmentation. Des groupes actifs dans le nord-ouest du pays étendent désormais leur champ d’action vers le sud, menaçant de nouvelles zones. « Vers 17 heures mardi, les criminels sont arrivés et ont commencé à tirer. Ils me cherchaient mais ne m’ont pas trouvé. »
« J’étais dehors, je me suis caché dans une maison et j’ai entendu les tirs », déclare Salihu, 53 ans, son chapelet à la main. « Au lever du jour, il y avait trop de corps partout », ajoute Umar Bio Salihu avec émotion, décrivant l’horreur du massacre.
Des gens ont été brûlés vifs
« Des gens ont été brûlés vifs à l’intérieur de leurs maisons », poursuit le chef de Woro, petite communauté rurale et musulmane à la frontière de l’Etat du Niger, près des forêts réputées abriter jihadistes et gangs armés.
Le village de Woro, qui comptait quelques milliers d’habitants, n’est plus que l’ombre de lui-même. Tous ses habitants l’ont déserté, seuls restent quelques hommes qui poursuivent les recherches et enterrent les morts. De chaque côté de la rue principale, des échoppes et des maisons en ruines, calcinées. « J’étais au bord de la route quand j’ai vu passer une moto avec trois hommes en uniforme militaire, armés de AK-47 », raconte Muhammed Abdulkarim.
« C’étaient des bandits, pas des soldats. Trois secondes plus tard, j’ai entendu des coups de feu », ajoute le retraité de 60 ans. Il a perdu douze membres de sa famille dans cette attaque, qui a pris fin mercredi aux aurores.
« Ils ont attrapé des gens, leur ont attaché les mains dans le dos et leur ont tiré dans la tête », poursuit-il. Son fils de deux ans et demi a été enlevé par les assaillants lors de cette attaque meurtrière. « Entre hier et aujourd’hui, nous avons enterré 178 corps », dit-il.
Au moins 162 cadavres
Selon des chiffres communiqués à l’AFP mercredi par la Croix Rouge, au moins 162 cadavres auraient été décomptés. Le gouverneur de l’Etat de Kwara a quant à lui donné un bilan de 75 morts. Un autre habitant de Woro, Abdul Ibrahimn infirmier à la retraite, a comptabilisé « plus de 165 » morts.
Selon Sa’idu Baba Ahmed, membre de l’assemblée locale, « 38 personnes, surtout des femmes et des enfants, ont été enlevés par les assassins ». Qualifiant l’attaque de « lâche et bestiale », le président nigérian Bola Ahmed Tinubu a ordonné le déploiement d’un bataillon de l’armée dans la circonscription de Kaiama. Il a attribué l’attaque à « Boko Haram », un terme souvent générique pour désigner les jihadistes de toutes mouvances.
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a affirmé en octobre avoir mené sa première attaque sur le sol nigérian dans cet Etat, tout près de Woro. Le Nigeria, pays le plus peuplé et premier producteur de pétrole d’Afrique, fait face depuis 2009 à une insurrection jihadiste dans le nord-est menée par Boko Haram et son rival l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest.
Un lien entre certains membres de Lakurawa
Des groupes armés criminels sévissent dans le nord-ouest et le centre-nord du Nigeria. Ils sont rejoints par des jihadistes. Des mouvements locaux comme Lakurawa et Mahmuda se sont ajoutés, intensifiant les violences et la menace dans ces régions. Des chercheurs ont établi un lien entre certains membres de Lakurawa, basé dans l’État de Sokoto, et l’État islamique au Sahel.
L’EISS, actif au Niger voisin, serait donc connecté à ces groupes, élargissant ainsi le réseau jihadiste transfrontalier. « Ils nous ont envoyé une lettre pour nous prévenir qu’ils allaient venir prêcher à Woro », raconte Umar Bio Salihu.
Mais il précise que la communauté n’est pas prête à accepter leur idéologie, ce qui a probablement provoqué leur attaque. A la réception de cette lettre, M. Salihu a prévenu les services de sécurité locaux. « Je pense que c’est ce qui les a rendus furieux et les a fait venir pour tuer des gens », suppose-t-il.
Une source de préoccupation pour les Etats-Unis
Les jihadistes du Nigeria inquiètent désormais les États-Unis. Le président Donald Trump a affirmé que les chrétiens étaient persécutés. Il a ajouté qu’ils étaient victimes d’un « génocide » perpétré par des « terroristes », suscitant des réactions internationales et locales dans le pays. Abuja et la majorité des experts ont fermement nié ces accusations, rappelant que violences et attaques touchent chrétiens et musulmans.
Depuis plusieurs semaines, le Nigeria et les États-Unis ont renforcé leur coopération militaire, après des pressions diplomatiques de Washington sur Abuja. Ces mesures concernent la lutte contre les jihadistes et d’autres groupes armés responsables de violences répétées dans différentes régions du pays.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a condamné jeudi « fermement l’attaque terroriste » survenue dans l’État de Kwara au Nigeria. Il a souligné l’importance de traduire rapidement les auteurs en justice et d’assurer la protection des populations locales.
© Agence France-Presse
















