Une ancienne intervention parlementaire de la députée Naya Jarvis Zamblé, remise en circulation sur les réseaux sociaux, ravive le débat sur la légalisation de la polygamie en Côte d’Ivoire. À contre-courant de l’opinion publique l’élue défend une reconnaissance encadrée d’une pratique qu’elle juge socialement installée.
Depuis plusieurs jours, une vidéo datant de 2023 agite la toile ivoirienne. On y voit Naya Jarvis Zamblé, la plus jeune députée de l’Assemblée nationale, défendre avec assurance la légalisation de la polygamie. Bien que l’extrait ne soit pas récent, sa diffusion massive relance un débat sensible, au croisement des traditions, du droit et de la condition féminine.
À seulement 30 ans, la députée-maire de Gohitafla assume une position audacieuse. Dans l’hémicycle, elle s’est faite la porte-voix de femmes longtemps reléguées à l’ombre. Pour elle, la polygamie existe déjà dans les faits. La nier reviendrait, selon ses termes, à entretenir une hypocrisie sociale préjudiciable aux femmes concernées.
Son argumentaire s’est imposé dans un contexte national marqué par des scandales de relations extraconjugales exposées publiquement. Ces affaires, largement commentées sur les réseaux sociaux, ont remis en lumière la précarité juridique de nombreuses compagnes non officielles. Un constat que l’élue estime impossible à ignorer.
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Face aux critiques, Naya Jarvis Zamblé précise ne pas être à l’origine du projet de loi. Des propos rapportés par Jeune Afrique rappellent que le texte émane d’un autre député. « Je ne suis pas porteuse de cette loi. Mais je la défends parce que c’est une réalité sociologique ». Elle explique toutefois le soutenir au nom d’une réalité sociologique profonde. Selon elle, l’absence de cadre légal laisse des femmes sans droits, notamment lors de successions ou de conflits familiaux.
L’enjeu n’est pas moral, mais juridique
Dans ses prises de parole publiques, l’élue évoque également le poids des traditions. D’ailleurs, sur un plateau de télévision l’année derniere, elle avait déclaré: « Je suis célibataire, et je suis prête à intégrer un foyer polygame. » Elle estime que certaines pratiques culturelles, fondées sur la structure familiale et la continuité sociale, méritent un débat serein plutôt qu’un rejet systématique. Une position qui lui vaut des tensions, y compris au sein de son propre camp politique.
Consciente de la polémique, la députée rappelle que son action parlementaire ne se limite pas à cette question. Justice sociale, éducation, santé et développement local figurent, selon elle, au cœur de son engagement. Mais sur la polygamie, elle campe sur sa ligne. « la polygamie est une option, pas une obligation ». Pour elle, l’enjeu n’est pas moral, mais juridique. Encadrer une pratique existante pour protéger les plus vulnérables.
















