À 82 ans et avec plus de 40 années cumulées au pouvoir, Denis Sassou Nguesso a annoncé sa candidature. Il se présentera à la présidentielle du 15 mars, espérant obtenir un dernier mandat de cinq ans. Face à une opposition muselée, le président sortant bénéficie d’un contexte politique qui lui est largement favorable. Le pays compte une population où près de la moitié vit sous le seuil de pauvreté, accentuant les défis sociaux.
Le président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, a annoncé jeudi sa candidature à la prochaine présidentielle. À 82 ans et cumulant plus de 40 années au pouvoir, il vise un nouveau mandat de cinq ans, qui, selon la Constitution, devrait être le dernier.
Le petit pays d’Afrique centrale, riche en pétrole, tient le premier tour de l’élection présidentielle le 15 mars. Au pays du militaire qui a dirigé le Congo sous le régime du parti unique de 1979 à 1992, il revient au pouvoir après une guerre civile en 1997.
Les forces de l’ordre iront aux urnes quelques jours plus tôt pour pouvoir assurer l’ordre public le jour du vote. Élu en 2002 et réélu en 2009, Denis Sassou Nguesso a remporté les présidentielles de 2016 et 2021.
Cette possibilité de se représenter a été rendue possible après un changement de Constitution en 2015, qui a supprimé la limite d’âge. La Constitution a aussi porté à trois le nombre possible de mandats de cinq ans. S’il est réélu en 2026, celui que l’on considère souvent comme un « dinosaure » du continent ne pourra plus se représenter.
Une candidature sans vraiment créer la surprise
En déplacement jeudi dans la localité d’Ignié, dans le sud du pays majoritairement couvert de forêts, Sassou a annoncé sa candidature.
Cette annonce n’a pas vraiment créé de surprise : fin décembre, le mouvement présidentiel, le Parti congolais du travail (PCT), l’avait désigné « candidat naturel ».
« Je ferai acte de candidature à l’élection présidentielle », a-t-il déclaré jeudi devant une foule de plusieurs milliers de personnes.
Ces personnes étaient rassemblées pour l’ouverture d’une grande foire agricole, à laquelle le président a participé avant l’annonce officielle.
La souveraineté alimentaire
S’exprimant devant une assemblée composée essentiellement d’agriculteurs, le chef d’État a prôné la souveraineté alimentaire et salué la jeunesse. Il a affirmé vouloir accompagner les jeunes dans le développement agricole et les encourager à participer à la production locale. Le Congo-Brazzaville possède environ dix millions d’hectares de terres arables, mais seulement 4 % environ sont exploités, selon des données officielles.
La production se concentre principalement sur l’agriculture vivrière, avec de faibles rendements et un usage limité de techniques modernes. Conséquence, le pays importe une grande partie de sa nourriture, ce qui rend sa population vulnérable aux prix mondiaux.
Plus de six millions d’habitants, relativement jeunes, dépendent des importations et subissent les variations des tarifs de transport. Ils sont également exposés aux fluctuations des devises, ce qui rend leur situation économique encore plus fragile. Près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.
L’opposition conteste régulièrement les scrutins depuis 2002, dénonçant un manque d’équité dans les élections. Depuis des plaintes déposées en 2007, la famille Sassou Nguesso est visée par une enquête de la justice française. Cette enquête porte sur les « biens mal acquis », notamment le patrimoine mobilier et immobilier que la famille s’est constitué en France au fil des années.
Trois formations d’opposition en avril 2023
En avril 2023, trois formations d’opposition, sans représentation parlementaire, ont lancé une « Alliance pour l’alternance démocratique en 2026 ». Cette plateforme regroupe notamment le Rassemblement pour la démocratie et le développement de l’ancien président Jacques Joachim Yhomby Opango, décédé en 2020, ainsi que le Mouvement des républicains et le Parti du peuple.
Mais face à un parti présidentiel tout-puissant, l’opposition éclatée et muselée, n’a que peu de moyens. Deux figures de l’opposition à la présidentielle de 2016, le général Jean‑Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, sont encore aujourd’hui détenues après avoir été condamnés à vingt ans de prison pour « atteinte à la sécurité intérieure » en 2018 et 2019.
Les deux hommes avaient vivement contesté la victoire officielle de M. Sassou Nguesso, crédité cette fois-là de 60% des suffrages. ONG et société civile dénoncent régulièrement des atteintes aux libertés publiques et des menaces contre des opposants. La fin du dépôt des candidatures a été fixée au 12 février. La campagne électorale doit se dérouler du 28 février au 13 mars.
© Agence France-Presse
















