Au sous-sol d’un hôpital londonien, des dizaines de milliers d’échantillons de tumeurs ont été conservés depuis le début du 20e siècle. Après avoir échappé à la mise au rebut, ils sont au cœur d’un projet de recherche sur la hausse du cancer colorectal chez les jeunes.
Les boîtes en carton s’empilent sur des étagères à perte de vue. Elles contiennent des prélèvements provenant de patients traités pour ce type de cancer à l’hôpital St Mark, un hôpital spécialisé au nord-ouest de Londres. Les échantillons y sont conservés à l’aide de formol et de paraffine. Il y a une dizaine d’années, cette collection a failli finir à l’incinérateur. Sauvée de justesse par des médecins, elle est maintenant mise à profit grâce aux nouvelles technologies.
Depuis janvier, les chercheurs ont commencé à comparer des tumeurs datant des années 1960 à celles de patients d’aujourd’hui. Ils espèrent, à l’aide du séquençage de l’ADN et d’autres techniques de laboratoire qui « n’étaient pas possibles il y a même cinq ans », identifier précisément les causes des cas actuels, explique Kevin Monahan, gastroentérologue, qui codirige le projet avec Trevor Graham, de l’Institut de recherche sur le cancer (ICR) de Londres.
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– « Transformer la souffrance » –
Dans les années 1960, la guérison des patients, même après une opération, était « loin d’être acquise », rappelle le Dr Monahan. Ce projet pourrait permettre de « transformer la souffrance qu’ils ont endurée il y a des décennies. En un nouvel espoir pour leurs petits-enfants, leurs arrière petits‑enfants. Et d’autres personnes à risque », commente-t-il.
Le cancer colorectal touche principalement les personnes âgées. Mais il connaît une incidence croissante chez les jeunes adultes à travers le monde. Selon Bowel Cancer UK, les cas chez les moins de 50 ans au Royaume-Uni ont augmenté de plus de 50% ces 25 dernières années. « Nous ne pouvons pas remonter le temps jusqu’aux années 1960 (…) pour voir à quoi les gens étaient exposés (mais) d’une certaine manière, nous en avons une trace dans ces boîtes« , souligne le docteur Monahan.
Des changements de régime alimentaire, de mode de vie et l’exposition aux polluants comme les microplastiques sont cités comme facteurs. Mais les causes exactes de la hausse des cas chez les jeunes adultes restent méconnues.
Kevin Monahan s’intéresse particulièrement à un sous‑type de la bactérie E. coli présente dans le microbiote intestinal. « Cette bactérie pourrait être cancérogène. Et la marque de ce cancérogène dans l’ADN a été retrouvée chez des personnes de moins de 50 ans atteintes d’un cancer colorectal, quatre fois plus souvent que chez les personnes atteintes de tous types de cancer après 50 ans », dit-il.
– « Pourquoi? » –
Le diagnostic d’un cancer colorectal, qui n’était auparavant observé que rarement chez des patients âgés d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années, est un choc particulier pour ces derniers, souligne le Dr Monahan. Ils ont souvent de jeunes enfants, tentent de progresser dans leur carrière, et la nouvelle les « prend complètement de court ». « Quelqu’un qui a 35 ans (…) pense très rarement qu’il peut être atteint d’un cancer colorectal », commente-t-il.
Faire de l’exercice régulièrement et maintenir un poids raisonnable sont importants pour la santé en général, souligne-t-il. Mais d’autres facteurs entrent en jeu dans l’apparition de cancers colorectaux. « Quand je vois des personnes nouvellement diagnostiquées d’un cancer colorectal à un jeune âge, elles me demandent: Pourquoi? Pourquoi cela m’arrive‑t‑il? Je suis en bonne santé, je mange sainement, je fais régulièrement de l’exercice », raconte le médecin. « Et je leur dis : cela n’a rien à voir avec ce que vous avez fait ».
Le dépistage est proposé au Royaume-Uni, comme en France, aux personnes âgées de 50 à 74 ans. Le taux de survie à ce type de cancer a plus que doublé au cours des 40 dernières années au Royaume-Uni. S’il est diagnostiqué à un stade précoce, plus de 90% des cas peuvent être traités avec succès. Selon le service public de santé britannique (NHS).
Les conclusions du projet de recherche devraient être publiées dans trois ans.
© Agence France-Presse
















